L'information en ligne

09 novembre 2017

"SPUTNIK" : UN INSTRUMENT D'INFLUENCE RUSSE EN FRANCE ?

Sputnikdeboutciv

 

Par Colin GERARD, le 22 janvier 2017


Colin Gérard est en deuxième année de Master à l’Institut Français de Géopolitique (IFG, Université Paris VIII) et à l’Université d’Etat pour les Sciences Humaines de Moscou (RGGU). Spécialisé sur la Russie et les espaces post-soviétiques, ses travaux portent sur les questions relatives aux politiques de soft-power et à la géopolitique des médias dans le cyberespace.


 

Plus de vingt-cinq ans après la fin de la Guerre froide, peut-on vraiment inscrire Sputnik, financé à 100% par le Kremlin, dans la continuité d’une stratégie d’influence issue de l’héritage soviétique ? Colin Gérard répond en présentant les origines de la création de Sputnik et sa stratégie de développement axée sur les réseaux sociaux. Deux ans après la mise en service de la version française de Sputnik, le Diploweb publie un document de référence pour un bilan d’étape.

LE 23 novembre 2016, le Parlement européen adoptait une résolution, intitulée « Communication stratégique de l’Union visant à contrer la propagande dirigée contre elle par des tiers ». [1] Dans son viseur, l’organisation Etat Islamique (EI), mais aussi plusieurs institutions russes, parmi lesquelles la « pseudo agence de presse internationale Sputnik », accusées de « s’attaquer aux valeurs démocratiques, de diviser l’Europe, de s’assurer du soutien interne et de donner l’impression que les États du voisinage oriental de l’Union européenne sont défaillants ».

Le vote de cette résolution a fait réagir de nombreux officiels russes, jusqu’au président Vladimir Poutine, qui n’a pas hésité à parler de « dégradation manifeste, politiquement parlant, de la conception de démocratie au sein de la société occidentale ». La rédactrice en chef de Sputnik à Moscou, Margarita Simonyan, a quant à elle déclaré que les avocats de l’agence étudiaient la possibilité de porter plainte auprès de la Cour de justice européenne, face une résolution qualifiée de « discriminatoire » et « [violant] le principe de liberté d’expression ». Pourtant, le terme de « censure » ou l’idée même d’interdire les médias russes internationaux en Europe ne sont à aucun moment évoqués dans la résolution, qui appelle simplement les Etats-membres de l’Union à mettre sur pieds une stratégie commune pour renforcer la lutte contre ce que les députés qualifient de « propagande extérieure ».

Alors que la conjoncture internationale actuelle voit différents courants conservateurs s’installer dans les pays occidentaux, la Russie est accusée de favoriser ces mouvements, via une politique d’influence rappelant celles des mesures actives de l’Union soviétique [2]. Imaginées par les services secrets russes pendant la Guerre froide (1947-1990), ces mesures avaient pour objectif de déstabiliser le bloc de l’Ouest et d’influencer l’opinion publique internationale, via entre autres des actions de propagande et de désinformation par le biais de différents canaux de communication.

Plus de vingt-cinq ans après la fin de la Guerre froide, peut-on vraiment inscrire Sputnik , financé à 100% par le Kremlin, dans la continuité de cette stratégie d’influence issue de l’héritage soviétique ? Dans un contexte que d’aucuns qualifient de « nouvelle Guerre froide » [3], quel rôle occupe ce média dans la politique d’influence russe ?

Lancée en 2014 à la suite d’une importante restructuration de l’appareil médiatique russe à destination de l’étranger, l’agence Sputnik est implantée en France depuis bientôt deux ans, où elle y voit son audience croître progressivement. Si elle se définit comme un média alternatif au point de vue « multipolaire », l’agence diffuse via sa ligne éditoriale des représentations géopolitiques calquées sur une grande partie des narratifs développés par la Fédération de Russie, dans un contexte de « guerre de l’information » entre médias russes et occidentaux. 

I. Aux origines de la création de Sputnik

A. Une restructuration de l’appareil médiatique russe à destination de l’étranger

Au mois de février 2012, Vladimir Poutine, alors en campagne pour l’élection présidentielle, publie une tribune dans le journal Moskovskie Novosti, dans laquelle il déclare « qu’Internet, les réseaux sociaux, les téléphones portables, se sont transformés, avec la télévision, en un outil efficace aussi bien de la politique nationale qu’internationale. C’est un nouveau facteur qui demande réflexion, notamment afin qu’en continuant à promouvoir la liberté exceptionnelle de communication sur le web, on réduise le risque de son utilisation par les terroristes et les criminels. » Cette tribune [4] est le signe annonciateur de la future restructuration de l’appareil médiatique international russe et de la volonté du Kremlin de développer sa stratégie d’influence à l’étranger, remise en cause par sa politique extérieure décriée par la communauté internationale (guerre en Géorgie, soutien à Bachar al-Assad, puis conflit ukrainien un an plus tard).

C’est ainsi que le 9 décembre 2013, le président Poutine annonce la signature d’un décret signifiant la dissolution de l’agence RIA Novosti, créée en 1941 par le Sovinformburo, l’organe central d’information et de propagande soviétique initialement destiné à donner des nouvelles du front en URSS et à l’étranger.RIA est remplacée par la holding média Rossija Segodnja, qui va donner les lignes directrices aux médias russes à destination de l’étranger, dans la continuité de RIA Novosti, dont elle occupe les anciens bureaux à Moscou. Ceux-ci sont partagés avec la chaîne de télévision RT (auparavant Russia Today), créée en 2005, qui n’est pas directement rattachée à Rossija Segodnja, mais n’en reste pas moins liée. Dimitri Kisselev, journaliste vedette de la première chaîne publique russe Rossija 1, est nommé directeur général de la nouvelle agence. Connu pour sa proximité avec le Kremlin, il fait partie de la liste des citoyens russes interdits de séjour sur le territoire de l’Union européenne (UE), dans le cadre des sanctions prises par l’UE contre la Russie. Pour M. Kisselev, « l’agence cherche à rétablir la juste place de la Russie en tant que pays important aux bonnes intentions ». A la tête de la rédaction internationale de l’agence, on retrouve Margarita Simonyan, qui n’est autre que la rédactrice en chef de RT(elle sera nommée rédactrice en chef de Sputnik un an plus tard).

Suite à l’annonce de sa création, Rossija Segodnja est placée dans la liste des entreprises stratégiques du pays, un statut particulier dans le droit russe qui montre l’importance accordée à la nouvelle institution.

Selon Sergueï Ivanov, chef de l’Administration présidentielle de l’époque, les raisons ayant conduit au lancement de Rossija Segodnja sont principalement économiques : la création du nouveau service s’inscrirait dans la continuité d’une politique de réorganisation de certaines institutions, qui passerait par des efforts de réduction du coût des médias d’Etat, tout en améliorant leur efficacité. Pourtant, l’agence est dotée d’un budget de 6,7 milliards de roubles (environ 108 millions de dollars) pour l’année 2016, auxquels s’ajoutent les 19 milliards de roubles (307 millions de dollars) alloués à RT, des sommes bien supérieures aux 2,67 milliards de roubles annuels dont disposait RIA Novosti. Un tel budget alloué à l’agence, alors même que la situation économique du pays n’est pas au beau-fixe, donne une illustration supplémentaire de cette volonté de la Russie de mettre à la disposition de ses médias les moyens nécessaires au développement de son influence sur l’opinion publique internationale. 

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B. Sputnik  : un développement poussif en France

Le 10 novembre 2014, Dimitri Kisselev annonce lors d’une conférence de presse la création de l’agence Sputnik, nouveau service international multimédia qui regroupe les anciens services RIA Novosti et La Voix de la Russie. Décliné en un site Internet et une radio, Sputnik s’adresse selon M. Kisselev à « ceux qui sont fatigués de la propagande agressive en faveur d’un monde unipolaire, et qui veulent une autre perspective ». Avec son slogan « Tell the untold » (traduit sur la version française en « nous dévoilons ce dont les autres ne parlent pas »), Sputnik déclare montrer « la voie d’un monde multipolaire qui respecte les intérêts nationauxla culture, l’histoire et la tradition de chaque pays  ».

Le 29 janvier 2015, la version française de Sputnik est mise en service. Son développement peut s’analyser en deux étapes : la première marque une apparente continuité avec l’époque de La Voix de la Russie. Une immense majorité des articles du site web ne sont pas signés, et les contenus ne se démarquent en rien de l’ancienne radio basée à Moscou. On retrouve par exemple certaines publications relevant de la pure désinformation : en avril 2015, un article signé par Françoise Compoint [5], connue pour son affiliation avec l’extrême droite et les milieux complotistes français, sous-entend que les Etats-Unis pourraient être derrière le crash de l’avion de la compagnie allemande Germanwings du 23 mars 2015La thèse de Mme Compoint repose uniquement sur un entretien avec un certain Luc Michel, belge et ancien membre de la Fédération d’action nationale et européenne, un groupuscule néo-nazi aujourd’hui dissous, ce qu’elle ne précise à aucun moment.

La deuxième étape voit se former à partir de la fin de l’année 2015 une vraie équipe de rédaction, basée dans les anciens locaux français de RIA Novostisitués dans un immeuble du XVIIème arrondissement de Paris. Cet immeuble a fait l’objet en juillet 2015 d’une procédure d’identification des biens préalable à une saisie judiciaire par des huissiers mandatés par le tribunal de Paris, dans le cadre de l’affaire Ioukos, qui a vu en 2014 la Russie condamnée par un tribunal arbitral à payer une amende de 50 milliards de dollars aux anciens actionnaires de la compagnie pétrolière de l’oligarque Mikhaïl Khodorkovski (l’arbitrage sera finalement annulé en avril 2016). Cette affaire, vieille de dix ans et sans aucun rapport apparent avec Sputnik, revêt une importance toute particulière quand on sait qu’elle a entraîné le gel temporaire des comptes français de Rossija Segodnja et la saisie de biens russes en France. Le développement tardif du service français de Sputnik s’explique donc en partie par l’incertitude du dénouement du contentieux qui perdure encore aujourd’hui, mais aussi par la difficulté à recruter une équipe de rédaction sérieuse. 

Celle-ci commence à prendre forme à la fin de l’année 2015 : à sa tête, on retrouve Dimitri Boschmann, un russe d’une trentaine d’années diplômé en relations internationales dans le prestigieux Institut des relations internationales de Moscou (MGIMO). Le reste de la rédaction est composé d’une vingtaine de personnes assez jeunes, qui n’ont pour la plupart aucune formation journalistique : deux d’entre eux ont par exemple fait leurs études au Cours Florent, une école de théâtre parisienne, et continuent leur activité parallèlement à leur emploi chez Sputnik. Contrairement à La Voix de la Russie,où la plupart des auteurs connus travaillaient selon des motivations idéologiques, les membres de la rédaction de Sputnik ont globalement un profil plus lisse et moins politisé, à l’exception notable de l’économiste Jacques Sapir, qui anime une émission bihebdomadaire sur le service radiophonique. Celui-ci commence à se développer à partir du 12 avril 2016 en diffusant sa première émission sur les ondes FM. 

Après des débuts poussifs, Sputnik commence donc son développement en France, en misant sur une stratégie axée sur le numérique et les réseaux sociaux.

II. Une stratégie de développement axée sur les réseaux sociaux

A. L’information « insolite » brouille la diffusion des narratifs russes

La stratégie d’implantation de Sputnik France s’inscrit dans la continuité d’une des mutations géopolitiques majeures de notre époque : « l’interdépendance croissante entre les continents, les Etats et les sociétés  » [6], à l’origine d’une mutation du rôle des médias. L’implantation massive d’Internet dans le monde et le développement des technologies que nous connaissons depuis le début du XXIème siècle nous ont conduit à une société inondée de flux d’informations toujours plus importants, diffusés sans interruption. Cette situation fait qu’aujourd’hui, ce n’est plus le lecteur qui va vers l’information, mais bien l’information qui vient au lecteur, via des canaux de diffusion nouveaux que sont l’ordinateur, le téléphone et les réseaux sociaux.

Bien conscients de cette réalité, Sputnik concentre ses efforts sur les réseaux sociaux, en suivant une stratégie de développement efficace. Pour en prendre la mesure, l’exemple de Facebook est le plus révélateur. Au côté d’articles défendant clairement les positions politiques de la Fédération de Russie, on remarque sur la page de Sputnik France la présence d’un grand nombre d’articles ou vidéos « insolites ». Dernier exemple en date, une publication sous forme de GIF (Graphics Interchange Format, des images animées pendant quelques secondes) d’un saut de baleine, avec comme légende un titre racoleur (« On sait enfin pourquoi les baleines sautent à la surface de l’eau ! Cliquez pour en savoir plus  ») suivie d’un lien renvoyant vers le site Internet de Sputnik. Derrière cette publication à l’apparence anodine, se cache une stratégie reposant sur le fonctionnement de l’algorithme de Facebook, qui définit les contenus qui vont s’afficher sur l’interface d’accueil de l’utilisateur, dont chaque action va être prise en compte. Concrètement, cette stratégie de clickbait (littéralement « appât à clics ») permet à Sputnik de maximiser ses statistiques d’audience, mais surtout d’accroître l’engagement sur ses publications. En publiant ce genre d’informations « insolites », Sputnik assure par conséquent une visibilité optimale à ses autres contenus, une stratégie d’ailleurs utilisée tant par les médias que les publicitaires.

Autour de ces « informations insolites » s’ajoutent des articles sur des sujets bien plus sérieux, qui nous permettent de cerner la ligne éditoriale du média. Censés présenter un point de vue « multipolaire », ces articles ne sont en réalité qu’une reprise des narratifs développés par le pouvoir russe.

Par exemple, suite à l’affaire du bombardier russe abattu par l’armée turque à la frontière turco-syrienne, une grave crise diplomatique s’est déclenchée entre les deux pays. Cela a donné lieu à une féroce campagne de désinformation sur la Turquie menée par Sputnik. Entre le 24 novembre 2015, date où le Su-24 a été abattu, et le 1er juin 2016, environ 12 000 publications (articles de fond, brèves, vidéos ou autres) ont été mises en ligne par Sputnik France. Parmi elles, 1603 concernaient la Turquie, soit environ 13% des publications. Un chiffre élevé, qui montre cette idée de campagnes médiatiques calquées sur les narratifs russes. Une campagne qui s’est atténuée après les excuses prononcées par le président turc Recep Erdogan à Vladimir Poutine en août 2016.

Enfin, un grand nombre d’articles de Sputnik présentent une Europe divisée, en proie à de multiples crises, qu’elles soient politiques ou identitaires. La représentation d’une Europe envahie par les migrants s’inscrit dans cette lignée. Entre la date de mise en service de Sputnik France et le 31 mai 2016, environ 25 000 articles ont été mis en ligne : parmi eux, 1564 ont été consacrés aux migrants, soit une moyenne de trois articles par jour. Ainsi, tous les seize articles publiés, il y en a statistiquement un qui sera consacré aux migrants, ce qui représente approximativement un peu plus de 6% du contenu du site, un chiffre révélateur.

Parallèlement, la Russie est présentée comme victime de la désinformation des médias occidentaux, dans des articles à la position victimaire. C’est notamment le cas pour la résolution du Parlement européen : seulement sept jours après son vote, une trentaine d’articles ont déjà été publiés sur le sujet, regroupés dans un dossier intitulé « Résolution du Parlement européen sur la lutte contre les médias russes ». En exagérant le contenu et la portée de la résolution, Sputnikprésente à son lectorat une représentation ancrée en Russie et dans certains courants politiques européens, qui consiste à dire que le pays est diabolisé car il représente des valeurs honnies par une Europe libérale, russophobe et donneuse de leçons.

B. Rossija Segodnja  : un héritage de la politique d’influence soviétique ?

A la lecture de ses contenus, force est de constater que la nouvelle agence média s’inscrit dans un héritage issu des organes de propagande soviétiques. Dans un contexte qualifié de « nouvelle Guerre froide » par le Premier Ministre russe Dimitri Medvedev, les fractures idéologiques et géopolitiques entre la Russie et les puissances occidentales se transposent sur la Toile, et donnent lieu à une opposition de narratifs [7] propres à chaque camp. 

A l’époque soviétique, outre les actions de propagande classique, les « mesures actives » étaient à l’origine de nombreuses fausses informations, rumeurs, dont la finalité était d’instaurer le doute dans l’opinion publique des pays du bloc de l’ouest. Aujourd’hui, avec le développement d’Internet, le nombre de ces informations connait une croissance exponentielle, dont l’efficacité est accrue par le fonctionnement des réseaux sociaux et des algorithmes. La création de Rossija Segodnja s’inscrit dans cette logique, et la Russie se dote d’un organisme central contrôlant de manière verticale les médias russes internationaux, tout en les modernisant grâce à un budget considérable.

La stratégie d’influence russe sur Internet repose sur une communauté virtuelle « pro-russe », dans laquelle on retrouve des individus issus de courants conservateurs, des sympathisants d’extrême-droite comme d’extrême gauche, et de la sphère complotiste française. Constituant l’audience principale des médias russes, elle va contribuer à la diffusion de leur contenu et à leur développement sur les réseaux sociaux. La Russie est aujourd’hui un sujet clivant, si bien que tout article traitant du pays fait l’objet de « débats » houleux entre « pro » et « anti » russes, renvoyant aux années de Guerre froide.

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S’il est impossible d’imputer à Rossija Segodnja ou Sputnik la montée des ressentiments pro-russes et anti-UE en France ou en Europe, force est de constater que leur création s’inscrit dans un contexte global d’accroissement de l’influence russe sur le Vieux Continent. Aux côtés d’institutions chargées de promouvoir la culture et la langue russes comme la fondation Russkiy MirSputnik et RT sont donc des instruments du soft-power de la Fédération de Russie. [8]

Il est encore trop tôt pour mesurer l’influence de Sputnik sur l’opinion française, même si quelques chiffres nous permettent de s’en faire une idée. En moins de deux ans d’existence, plus de 260 000 personnes sont abonnées à ses publications sur Facebook (plus de 60 000 nouveaux abonnés entre les mois de juin et décembre 2016), auxquelles il convient d’ajouter plus de 33 000 abonnés sur Twitter. Des chiffres élevés, qu’il faut toutefois nuancer en les comparants à ceux des concurrents français ou américain, bien plus élevés. Toutefois, la stratégie d’implantation des médias russes en France se joue sur le long terme, et commence à porter ses fruits, ce dont l’Union européenne commence – tardivement – à prendre la mesure.

Mise en ligne initiale sur Diploweb 22 janvier 2017

Copyright Janvier 2017-Gérard/Diploweb


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Conférence géopolitique, Paris - Diploweb

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[2] FEDCHENKO, Yevhen, Kremlin Propaganda : Soviet active measures by other means, Mars 2016, http://www.stopfake.org/en/kremlin-propaganda-soviet-active-measures-by-other-means/

[3] RAVIOT, Jean-Robert (direction), Russie : vers une nouvelle Guerre froide ?, 2016, La Documentation Française.

[5] L’article a depuis été retiré, mais des internautes en ont conservé une copie en cache. Pour rappel, les rapports d’inspection ont prouvé que le pilote de l’avion avait volontairement entraîné le crash de l’avion contre les montagnes pour mettre fin à ses jours. https://web.archive.org/web/20150404231247/http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150401/1015437372.html

[6] BOULANGER, Philippe, Géopolitique des médias, Armand Colin, « U », 2014, p 5.

[7] ROSELLE, A., Strategic narrative : A new means to understand soft power, Media, War & Conflict, 2014. http://journals.sagepub.com/doi/pdf/10.1177/1750635213516696

[8] AUDINET, M., Un soft power d’Etat russe : la miagkaïa sila, dans Russie : vers une nouvelle Guerre froide ?, RAVIOT, Jean-Robert (direction), 2016, La Documentation Française.

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08 novembre 2017

LES FRONTIÈRES "INTELLIGENTES" À L’ÉPREUVE DU PARADIGME DU PANOPTIQUE DE JEREMY BENTHAM

Par Nicolas NANNI, le 5 novembre 2017


 

Chef d’escadron Nicolas Nanni, officier supérieur de gendarmerie, 24e promotion de l’École de guerre, promotion général Gallois (2016-2017). Recherche sous la direction de Pierre Verluise, docteur en géopolitique de l’Université Paris IV - Sorbonne et directeur des publications du Diploweb.com.


 

Les attentats terroristes replacent les frontières - et leur contrôle - au coeur des débats politiques, aux Etats-Unis comme dans l’Union européenne. Dans ce contexte cette puissante réflexion sur les frontières "intelligentes" tombe à point nommé.

Dans un monde où les flux de personnes et de marchandises sont une caractéristique prégnante de nations sans cesse plus interdépendantes, il convient de penser la frontière du XXIième siècle.

La sécurité et la fluidité dans ces zones de passage sont devenues les variables d’une formule complexe que les gouvernements se doivent de résoudre. Ces deux exigences paraissent pourtant, au premier abord, antinomiques et parfaitement irréconciliables. Or, la protection des populations et des territoires ainsi que la constitution d’un environnement propice au développement économique représentent la pierre angulaire de cette quête étatique. Dans cette logique, les frontières « intelligentes », entendues comme la technologie au coeur des postes frontaliers et des espaces, constituent-elles cette inconnue propre à solutionner cette équation ?

La publication de ce mémoire d’un officier supérieur de gendarmerie diplômé de l’Ecole guerre (24e promotion) intervient en amont de la diffusion du documentaire "L’École de guerre, l’école des chefs", le 15 novembre 2017, sur la chaîne Planète du groupe Canal+. Ce documentaire en deux parties présente l’Ecole de guerre à travers la 24e promotion.

POUR le géographe Michel Foucher [1], « la frontière dessine le périmètre de l’exercice d’une souveraineté étatique et constitue l’un des paramètres de l’identité en traçant la distinction entre le dedans et le dehors, en délimitant le cadre de la définition d’une citoyenneté » [2]. Elle est donc consubstantielle à la notion d’État. La garantie de l’inviolabilité de la frontière et de son corollaire l’intégrité territoriale, au sens de l’article 2§4 de la Charte des Nations Unies [3], sont devenus une obsession pour des gouvernements soucieux de pérenniser une souveraineté de plus en plus menacée. La ligne frontière constitue « le domaine de validité spatiale des normes de l’ordre juridique de l’État » [4] grâce à laquelle il a acquis, au fil de l’histoire, le monopole de la « violence légitime ».

Évoquer la frontière, c’est immédiatement songer à sa défense et à l’esquisse d’une société de surveillance et de contrôle dont l’apogée réside, en ce début du XXIe siècle, en une révolution technologique sans précédent, fruit des programmes industriels de Recherche et Développement (R&D). Cette « technologisation » concerne tous les aspects de la frontière se généralisant tant sur l’identification des marchandises et des personnes (biométrie, etc) que sur le contrôle de zones (détecteurs sensoriels, etc). Les techniques et les fonctionnalités de nouvelle génération ont élargi l’horizon des forces armées et de sécurité par la démultiplication des capacités opératives de contrôle et de surveillance. Les frontières sont mortes, vive les frontières « intelligentes » !

Les frontières « intelligentes » (ou frontières 2.0) sont l’expression d’un monde globalisé saisi par l’effroi des attentats du 11 septembre 2001. L’inéluctabilité de la mondialisation économique et financière et son corollaire, la promotion de la libre circulation des hommes, des biens et des capitaux, en ont été durablement bouleversés. Ce traumatisme idéologique a considérablement ébranlé la conception que se faisaient les gouvernements de la frontière. L’État est nécessaire, seul légitime à garantir le respect des droits et des libertés fondamentales et, en somme, le bonheur collectif de ses citoyens. Partant de ce principe, il se doit donc de fortifier son territoire. Dans cette quête de sécurité, la frontière, comme marqueur identitaire, se trouve à la croisée des chemins. Jugée efficiente que par sa capacité à fluidifier et à contrôler les flux, la frontière« intelligente » s’intègre pleinement dans une représentation philosophique faisant de l’omniscience invisible de l’État, la pierre angulaire du système. En conceptualiser les contours invite à se pencher sur les réflexions méconnues, mais ô combien éclairantes, de Jérémy Bentham et de son ouvrage majeur, le Panopticon, publié en 1791 par l’Imprimerie nationale de Paris. En formulant un modèle de gouvernance du « tout voir » et du « tout entendre », s’appuyant sur l’ingénierie humaine, son panoptisme est d’une redoutable acuité pour qui veut s’interroger sur la question très contemporaine de la maîtrise concrète de cet espace que constitue la frontière.

Sur notre monde planent les théories de Jérémy Bentham mais ce recours à la technologie est-il véritablement un amplificateur de force ?

Confrontées au paradigme du panoptique benthamien (1), les frontières 2.0 sont devenues pour les États un moyen de conforter l’intégrité de leur territoire (2). Dans cette quête de sécurité, la profondeur stratégique n’en est-elle pas également l’une des clefs (3).

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1. Les frontières « intelligentes » sous le prisme du Panoptique de Bentham

Père de l’utilitarisme, le philosophe et jurisconsulte britannique Jérémy Bentham, né en 1748 à Londres, postule que le plaisir et la peine sont les marqueurs d’un calcul que font tous les individus pour déterminer leurs intérêts.

C’est ainsi que l’État apparaît comme absolument nécessaire pour canaliser les libertés individuelles et garantir le bien être de tous. Étendu à toutes les formes de gouvernance des hommes (1.1), son panoptisme est d’une réelle acuité pour qui se décide à aborder la question des frontières (1.2).

1.1 De la formulation d’un panoptisme carcéral...

Quoi de plus surprenant qu’un philosophe britannique de la fin du XVIIIème siècle, s’improvisant architecte pour élaborer les plans d’une prison idéale, sans aucun doute le considérer comme le père fondateur des frontières « intelligentes » !

Au premier abord, l’impression d’un mariage quelque peu étrange… mais lorsque l’on se plonge dans les réflexions de l’ouvrage de Jérémy Bentham, le Panopticon (1790), il est saisissant de constater que son concept de philosophie utilitariste est d’une modernité pour la moins troublante.

La première publication en français du Panoptique date de 1791. Elle fut adressée, sous forme d’un mémoire, le 25 novembre 1791, aux députés de l’Assemblée nationale, sous le titre « Sur un nouveau principe pour construire des maisons d’inspection, et nommément des maisons de force » [5].

Exposant les détails techniques de son projet, il en appelle solennellement à la représentation nationale française. « Laissez-moi construire une prison sur ce modèle », écrivait-il avant de signer « votre très humble et très obéissant serviteur, Jérémy Bentham » [6]. Il fut d’ailleurs proclamé citoyen français par la toute jeune République française le 26 août 1792.

D’un point de vue architectural, le postulat du Panopticon est d’une simplicité déconcertante : un bâtiment circulaire au milieu duquel trône un mirador permettant d’observer simultanément toutes les personnes incarcérées sans que celles-ci ne puissent savoir que leurs geôliers les surveillent. De l’analyse de son étymologie grecque (pân signifiant « tout » et optikós, « vue »), l’on comprend mieux l’intérêt de cet astucieux ensemble architectural offrant « la faculté de voir d’un coup d’œil tout ce qui s’y passe  » [7]. C’est en somme davantage la potentialité du contrôle et son omniprésence, plus que son effectivité, qui agit sur les comportements. « Les détenus dans leurs cellules occupent la circonférence, les officiers et personnel dirigeant, le centre. Par des stores et d’autres stratagèmes, les inspecteurs sont cachés […] de la vue des détenus : d’où un sentiment d’une sorte d’omniprésence invisible » [8].

Jérémy Bentham met en exergue l’impérieuse nécessité de créer une illusion de surveillance qui se veut être permanente. Tous les éléments de ce projet architectural, cloisons, persiennes, fenêtres, éclairage naturel, planchers à niveau variable poursuivent tous le même dessein, créer un mirage plongeant les prisonniers dans d’inlassables interrogations. Mais ce n’est pas simplement le regard qui importe. Le Panoptique, c’est bien plus que cela. C’est une approche globale intégrant également l’écoute grâce à des « tubes de conversation » [9]permettant de communiquer et de tout entendre. Cette surveillance totale soumet encore davantage les surveillés aux surveillants.

Bentham passera plus de vingt ans de son existence à essayer de construire sa « prison idéale » en Angleterre et en France, mais en vain. Si le panoptique ne vit pas le jour de son vivant, plusieurs prisons s’en sont néanmoins inspirées : pénitencier de Pittsburgh ouvert en 1826, prison de la Petite Roquette dans le 11ème arrondissement de Paris achevée en 1830, etc. Il suffit de regarder l’ensemble panoptique cubain du Presidio Modelo, où fut notamment emprisonné Fidel Castro, pour saisir la modernité des thèses de Bentham. Il est composé de quatre bâtiments de six étages circulaires courant sur 15 mètres de hauteur, associés à des miradors placés au centre. Cette ingénierie carcérale est allée bien au-delà des principes théoriques du Panoptique. En effet, Bentham ne prônera jamais dans son ouvrage l’isolement cellulaire affirmant que « mis à part de courtes périodes, cette pratique amène inéluctablement à la folie, le désespoir, ou plus souvent une apathie stupide  » [10].

Or, les 2 000 prisonniers du Présidio étaient enfermés dans des cellules individuelles occupant la circonférence. Isolés les uns des autres par des parois, ils étaient éclairés par des fenêtres intérieures et extérieures. Ouverte de 1927 à 1967 sur l’île de la Juventud, cette prison est l’illustration la plus aboutie du paradigme benthamien d’un panoptisme sécuritaire, vecteur de contrôle et de surveillance.

Le Panopticon de Bentham est certainement l’essai le plus méconnu d’analyse des techniques politiques de gouvernement des hommes. Il n’en demeure pas moins que de l’exégèse de cette pensée philosophique, un constat s’impose. Les fondements idéologiques du concept de « smart  » borders [11] sont à rechercher dans la thèse publiée par Jérémy Bentham le 25 novembre 1791. Sa doctrine du «  tout voir » renvoie à cette ambition contemporaine de rendre plus intelligent le contrôle de nos frontières par la mise en oeuvre d’une architecture propre à consolider la sûreté du territoire. Fruit des programmes industriels de Recherche et Développement (R&D), cette « technologisation » couvre tout le spectre de la question frontalière se généralisant tant sur l’identification des marchandises et des personnes (scanners, biométrie, etc) que sur le contrôle de zones (détecteurs sensoriels, drones, etc). De la théorie à la pratique, il n’y a qu’un pas franchi par l’administration Bush [12] post 11 septembre 2001. Les frontières dites « intelligentes » s’intégraient alors dans un ambitieux projet de construction d’un grillage de 1 200 kilomètres entre les États-Unis et le Mexique. Associé à des technologies de pointe de surveillance et de contrôle, il devait couvrir prioritairement les sections les plus poreuses des 3 141 kilomètres de laLinea courant de l’océan Pacifique aux eaux du Golfe du Mexique.

1.2 … à son exégèse frontalière

Sécuriser sa frontière pour sécuriser son territoire, tel en est l’objectif. La dyade (frontière interétatique) polarise ainsi les énergies des gouvernements soucieux de maîtriser cette zone de potentielles tensions. Frontalier de l’État mexicain du Sonora, l’Arizona est confronté aux phénomènes de criminalité organisée et d’immigration irrégulière. Il est à ce titre intéressant de voir comment l’État d’Arizona communique sur la nécessité d’en durcir les accès. Dans des campagnes de donation largement relayées par les médias et directement accessibles sur son site internet (//ptl.az.gov), les gouverneurs républicains successifs (Jan Brewer, de 2009 à 2015 et Doug Ducey depuis le 5 janvier 2015) encouragent les contributions privées pour édifier une barrière. Selon l’agence de presse Bloomberg, dans un article publié le 2 août 2011, la campagne « Keep Arizona Safe » aurait permis de réunir plus de 3,8 millions de dollars de dons en un an, entre juin 2010 et juin 2011.

Derrière cette idée d’y associer la société civile se dessine l’esquisse de l’un des aspects du paradigme benthamien selon lequel le prisonnier doit être placé « sous le regard de la grande commission du tribunal du monde. […] Ce grand comité du public perfectionnera tous les établissements qui seront soumis à sa vigilance et à sa pénétration  » [13]. Par ce don, désormais acteur de la modernisation du contrôle frontalier, le public sort de sa sphère privée pour investir le champ du régalien. Cette campagne contribue à transformer les donateurs, initialement simples consommateurs de sécurité, en un véritable « comité public », investi dans la mise en œuvre d’une stratégie de valorisation des espaces frontaliers. Les autorités locales ont su fédérer les énergies améliorant ainsi leur capacité à perfectionner les dispositifs techniques de surveillance du territoire. 
Plus important encore, l’État d’Arizona fait sien l’un des présupposés les plus fondamentaux de la sécurité, l’acceptabilité sociétale. En interpellant, par une photographie, l’attention de la population (« does this look like a secure border ? »), les gouverneurs successifs veulent afficher leur compréhension des attentes locales en appelant à la « construction d’une clôture frontalière » (« Build the border fence »). De ce fait, la nécessité du projet n’en sera que plus légitimée par l’implication financière de toutes les parties prenantes. De ce processus de co-création naît ainsi l’acceptabilité sociale, indispensable à la pérennité de cette barrière frontalière. S’agissant de l’opinion publique américaine, qu’en est-il ? Dans un sondage réalisé par Pew Research Center Poll, publié le 18 juillet 2016 par le Washington Post, 72 % des américains résidant à proximité de la frontière mexicaine étaient opposés à cette construction, ce chiffre passant à 62 % sur l’ensemble des États-Unis.

En dépit de ce sondage, durant toute sa campagne présidentielle de 2016, le candidat républicain, Donald Trump, a constamment milité et communiqué sur la nécessaire mise en place, non pas d’une simple « clôture frontalière », mais d’un véritable mur entre les États-Unis et le Mexique. Le 09 novembre 2016, il était élu, avec 279 grands électeurs, 45ème président des États-Unis. Lors de son discours de candidature, prononcé le 16 juin 2015, il déclarait ceci : « je construirai un grand mur et personne ne construit des murs comme moi, croyez-moi et je les construirai à peu de frais. Je construirai un grand, grand mur sur notre frontière sud et je ferai payer le Mexique pour ce mur. Notez bien mes mots » (« I will build a great wall and nobody builds walls better than me, believe me and I’ll build them very inexpensively. I will build a great, great wall on our southern border and I will make Mexico pay for that wall. Mark my words »). Il est, à cet égard, troublant de noter la coïncidence entre la date anniversaire d’un événement majeur de l’histoire contemporaine européenne, la chute du mur de Berlin dans la nuit du 08 au 09 novembre 1989 et le jour de proclamation des résultats. Au-delà des défis techniques, financiers et juridiques d’une telle construction, l’indispensable préalable de l’acceptabilité se heurtera à la résistance des propriétaires terriens qu’il conviendra d’exproprier pour tracer ce mur. Donald Trump va-t-il poursuivre la construction de cette barrière frontalière (mur, grillage) ? En-a-t-il réellement la volonté ? Ne s’agit-il pas d’un effet d’annonce ? Ces questions polariseront de plus en plus l’attention des citoyens américains, c’est un fait auquel la présidence Trump devra s’accoutumer pour décider. Dans cette difficile équation, la technologie, socle du concept des « frontières intelligentes », pourrait bien venir au secours d’un président des États-Unis, rattrapé par le principe de réalisme politique. En définitive, un « mur virtuel », comme facteur d’acceptabilité nationale et internationale, constituerait-il une solution ?

Pour lutter contre la criminalité transfrontalière, l’immigration clandestine et le terrorisme, certaines nations, au premier rang desquelles figurent les États-Unis, ont massivement investi sur des barrières physiques (murs, grilles) valorisées par diverses technologies issues pour certaines des programmes de R&D (Recherche et Développement) de leurs Bases Industrielles et Technologiques de Défense (B.I.T.D.).

Sans être exhaustif, caméras thermiques, détecteurs sensoriels, drones, barrières hyper-fréquence, satellites, fichiers et biométrie sont autant d’outils d’optimisation capacitaire rapprochant nos sociétés contemporaines du paradigme du Panoptique de Bentham :

. la technique comme amplificateur de force ;

. une surveillance permanente ;

. sentiment d’omniprésence des forces de l’ordre ;

. des systèmes d’information et de communication (S.I.C.) offrant à tous les opérateurs les données nécessaires au commandement et à la coordination des forces ;

. une amélioration du temps de réaction depuis la détection d’un comportement transgressif jusqu’à la réponse étatique.

Le panoptique des mobilités formerait ainsi le cercle vertueux de la sécurité des populations et des territoires :

. les murs ou les grillages et les postes frontaliers canalisant les flux ;

. les radars, les caméras, les senseurs associés à la troisième dimension (satellites, drones...) assurant la détection ;

. les bases de données permettant la collecte et le partage du renseignement.

Cette trinité canalisation / détection / collecte caractérise le modèle benthamien du contrôle des individus qui façonne la garantie de l’intégrité territoriale des nations dont les gouvernements sont les débiteurs. Elle renvoie parfaitement à la pensée utilitariste du philosophe anglais qui entend offrir aux Etats un modèle sécuritaire basé sur la technique. « La demande de barrière s’inscrit donc dans une réthorique de restauration de l’ordre public [...]. Au-delà de la défense du territoire, le recours aux barrières remplirait en démocratie une fonction de théâtralité politique pour rassurer des sociétés angoissées [...]. La barrière fonctionne comme un outil matériel de réaffirmation de l’ordre souverain des Etats-nations et de l’efficacité du politique dans un monde globalisé [14]. [...] Pour reprendre le beau thème du Mending Wall du poète Robert Frost, le mur de la propriété qui vous sépare du voisin est un moyen de vivre ensemble : Good fences make good neighbors. Si la souveraineté diffère juridiquement de la propriété, le désir de clôturer le territoire renvoie bien à un réflexe de propriétaire » [15].

La représentation qui suit de cette trinité frontalière va bien au-delà des seules barrières physiques. Elle propose une synthèse des principales technologies employées pour contrôler les espaces et les postes frontaliers, traduction contemporaine de sa pensée philosophique.

Une représentation de la trinité frontalière Réalisation : Nicolas Nanni

En transposant la pensée de Jérémy Bentham, nous pourrions en conclure que «  l’invisibilité [de la frontière 2.0] lui confère[rait] un caractère d’omniscience dans l’esprit des [contrevenants de toute nature]  » [16]. En instillant dans leurs esprits le sentiment d’être surveillés et la peur d’être interpellés par les forces de l’ordre, l’État panoptique entend consolider le contrôle et la maîtrise de ses frontières. Ainsi, en optant pour de telles technologies, les gouvernements contribueraient ainsi à rendre « invisible » et donc particulièrement efficiente la « violence légitime » exercée par l’État dans les zones frontalières.

Enfin, mieux que l’omniscience du contrôle, le panoptique frontalier n’aurait théoriquement même pas besoin de fonctionner. Inutile de prouver que les drones volent, que les détecteurs sensoriels, les scanners ou les caméras thermiques soient activés. Ce qui compte, c’est que les criminels, les terroristes et les clandestins pensent que les systèmes sont opérationnels, scrutant le moindre de leurs faits et gestes ! Une forme d’auto-régulation comportementale en somme ! Selon le philosophe Michel Foucault, « c’est à la fois trop et trop peu que les prisonniers [par extension, les criminels, les terroristes ou les clandestins] soient sans cesse observés par un surveillant : trop peu, car l’essentiel c’est qu’ils se sachent surveillés ; trop, parce qu’ils n’ont pas besoin de l’être effectivement. Pour cela Bentham a posé le principe que le pouvoir devait être visible et invérifiable » [17].

Les causes de l’émergence du concept de frontières « intelligentes », en ce début du XXIème siècle, résident dans ce tropisme de philosophie utilitariste qui entend conforter la souveraineté nationale. C’est ainsi que le renforcement des frontières constituent pour l’État :

. une expression ostentatoire de sa souveraineté, « à l’opposé d’une approche libérale de type kantienne où l’on peut prétendre à l’émergence d’un concert des nations qui vont travailler à l’établissement d’institutions communes […], la frontière reste un marqueur de la souveraineté de l’État et c’est un des éléments de l’approche réaliste des relations internationales d’États qui sont dans des relations de type jungle et d’état de nature. Le plus fort sera celui qui prévaudra dans la relation. Les jeux de relations internationales sont forcément des jeux à somme nulle, perdant - gagnant, gagnant - perdant et la frontière est une des figures centrales de cette approche réaliste » [18] ;

. une muraille dissuasive et protectrice, face à un monde anarchique où émergent de nombreux acteurs subétatiques profitant d’États faillis (Syrie, Somalie...) comme base arrière ;

. un moyen de restaurer une légitimité régalienne écornée sous l’effet de la mondialisation et d’importants processus d’intégration régionale (Union européenne, Mercosur, etc) entraînant un partage des fonctions et des pouvoirs ;

. un vecteur de sélection des flux migratoires les plus productifs(« brain drain ») pour des économies capitalistes en concurrence extrême ;

. un rempart contre la menace d’une uniformisation culturelle et linguistique, dans le cadre d’une quête de différenciation entre le « nous » et le « eux ».

En son temps, le géographe Jacques Ancel définissait la frontière comme une « isobare politique qui fixe, pour un temps, l’équilibre entre deux pressions » [19]. Les populations produisent ainsi d’inlassables forces centrifuges destructrices de la cohésion des ensembles étatiques. Pour rebondir sur cette analogie de physique dynamique, la maîtrise et la surveillance des frontières opéreraient alors comme une force centripète, vecteur cette fois, de sécurité des territoires. Cette architecture technique et théorique de sécurité a permis l’émergence d’une offre technologique sans précédent, issue des programmes industriels de R&D, vendue aux États pour défendre leur souveraineté territoriale.

2. Asseoir la défense et la sécurité des territoires : vers un cluster technologique des frontières

L’emploi de dispositifs de pointe dans la surveillance et le contrôle des frontières a contribué à l’éclosion d’un tel cluster technologique (2.1) qu’il est devenu indispensable d’en mesurer l’efficience avant d’en pérenniser l’emploi comme outil d’optimisation capacitaire (2.2). Dans ce mouvement de « technologisation  », la robotique de surveillance et de patrouille s’est faite une place non négligeable. Ne sommes-nous pas ainsi entrés dans l’ère de la frontière 3.0 (2.3) ?

2.1 Technologie au service du contrôle des frontières : étude comparée

Sous l’effet de la mondialisation, des médias et des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (N.T.I.C.), notre monde serait devenu un « village planétaire » [20] où les flux de personnes et de marchandises ont explosé d’autant plus vite que certains États se sont regroupés pour en favoriser la libre circulation (Union européenne, Association des Nations du Sud-est Asiatique – ASEAN, etc). Selon un rapport conjoint de l’Organisation de Coopération et de Développement Économique (O.C.D.E.) et des Nations-Unies remis en 2013, « on recense aujourd’hui dans le monde quelque 232 millions de migrants internationaux [...], soit 3,2 % de la population mondiale » [21]. Dans un rapport publié le 12 janvier 2016, ce chiffre est passé à 244 millions en 2015, dont près de 20 millions de réfugiés [22].

Accélérateur de développement économique pour les Nations, ces flux migratoires constituent également un facteur de risque que les États se doivent de maîtriser. C’est un devoir régalien. La recrudescence des menaces a conduit à un durcissement des postes frontières (2.1.1) ainsi qu’à une surveillance accrue de certains espaces frontaliers ouverts (2.1.2).

2.1.1 Durcissement des postes frontières

Le poste frontière, comme point de passage surveillé (aéroport, port, gare ferroviaire et routière) polarise l’attention des autorités sans cesse à la recherche d’un équilibre entre fluidité des flux de personnes et de marchandises et sécurité des contrôles. Les États-Unis (2.1.1.1) et la France (2.1.1.2), et c’est loin d’être exhaustif, ont investi dans des dispositifs techniques pour tenter de résoudre cette indispensable équation.

2.1.1.1 États-Unis

Évoquer et comprendre l’essor du concept des frontières «  intelligentes », c’est évidemment se retourner sur une page douloureuse de l’histoire contemporaine américaine, communément appelée le 11 septembre. Les attaques terroristes contre les tours jumelles du World Trade Center et le Pentagone ont considérablement ébranlé la certitude de la population et du gouvernement dans l’efficacité absolue des dispositifs mis en place par le Département de la sécurité intérieure (Department of Homeland Security, D.H.S.) et les diverses agences formant la communauté du renseignement. Sur les cendres de ces attentats, les paramètres biométriques, de par leur universalité, leur permanence, leur caractère distinctif et leur perceptibilité, sont apparus pour les autorités américaines comme l’un des moyens de durcir les contrôles dans les aéroports, gares et ports et de concevoir des documents d’identité mieux sécurisés. La Transportation Security Administration (T.S.A.), agence fédérale rattachée au D.H.S., créée le 19 novembre 2001, a ainsi été chargée de définir une stratégie globale de défense des frontières et plus spécifiquement l’architecture des contrôles mis en place dans les postes frontières :

passeports biométriques munis d’une puce, d’une capacité de 64 kilo-octets, contenant les données relatives à l’état civil, la photographie d’identité en format numérique ainsi que deux empreintes digitales et, à terme, un scan iridien. Le Visa Waiver Program Improvement and Terrorist Travel Prevention Act of 2015 prévoit d’ailleurs, qu’à compter du 1er avril 2016, seuls les voyageurs titulaires d’un passeport électronique ou biométrique pourront bénéficier du programme d’exemption de visa. Les personnes détentrices d’autres types de passeports devront solliciter un visa auprès des autorités diplomatiques et consulaires américaines. L’emploi de cette technologie renvoie très clairement au concept de « biopolitique » décrit par Michel Foucault dans les cours qu’il donna au Collège de France de 1978 à 1979. Mettant en exergue une forme rénovée de l’exercice du pouvoir, s’exerçant désormais sur l’individu et non sur le territoire, il conçoit l’homme comme une unité biologique. Véritable mot de passe, le corps est ainsi devenu l’un des moteurs des frontières « intelligentes » ;

«  PreCheck  », dispositif de pré-contrôle de sécurité, destiné à accélérer les flux de voyageurs. Après validation de la demande par le D.H.S., le voyageur se voit attribuer un identifiant lui permettant de bénéficier de ce système automatisé ;

scanners à rayons X de nouvelle génération pour l’inspection / filtrage des bagages à main (HI-SCAN 6040aTiX, commercialisé par Smiths Detection Inc. dans le cadre du contrat « Advanced Technology » signé le 22 septembre 2015 pour un montant de 6,5 millions de dollars) ;

scanners corporels à ondes millimétriques, à rayons T (pour rayonnements térahertz) permettant d’inspecter les passagers et de détecter des objets organiques (explosifs, narcotiques, armes céramiques, etc) et métalliques dissimulés sous les vêtements sans avoir recours à une fouille corporelle (Rapiscan Secure 1000 Dual Pose, produit par l’entreprise Rapiscan Systems remplacé par le système ProVision ATD de la société L-3 Communications).

2.1.1.2 France

Dans son rapport annuel, l’agence européenne Frontex avait dressé un bilan des risques de l’année 2013 : « 16 millions de visas de courte durée délivrés ; 128 902 personnes refoulées aux frontières ; 9 800 personnes identifiées en train d’utiliser un faux document pour entrer illégalement dans l’U.E. ; 345 000 séjours irréguliers détectés, dont plus de 55 000 aux frontières extérieures » [23]. Forte de ces conclusions, pour améliorer la gestion des frontières extérieures, la Commission européenne avait initié un train de mesures dit frontières « intelligentes ».

S’appuyant sur le potentiel des nouvelles technologies, la Commission entendait créer une gestion intégrée des frontières avec en filigrane cette équation ambitieuse difficile à résoudre : lutter contre la migration irrégulière tout en facilitant le franchissement de ses frontières par les voyageurs fréquents ayant fait l’objet d’un contrôle de sûreté préalable. Ce train de mesures, adopté par le Conseil européen en juin 2014, comprend les règlements établissant un système d’entrée / sortie (EES) et un programme d’enregistrement des voyageurs (RTP). En 2015, la situation s’est dégradée, Frontex faisant état d’un volume de séjours irréguliers à la hausse, évalué à 701 625 [24], soit une augmentation de 103 % par rapport à 2013. Dans un contexte d’instabilité, la France s’est portée volontaire, en juillet 2015, pour expérimenter la fiabilité des dispositifs d’identification par empreintes digitales, faciales et iridiennes en divers points de passages frontaliers :

. en gare maritime de Cherbourg (grâce au système « Iris Drive », scannant l’iris des yeux au moment du transbordement, les voyageurs n’ont plus besoin de descendre du véhicule pour se prêter au contrôle d’identité) ;
. à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle (terminal 2E) et à la gare du Nord (des sas automatisés permettent de relever, sans contact, les empreintes digitales et de procéder à une reconnaissance faciale, la procédure ne durant que trois secondes).

Ces e-contrôles, confiés à la société Safran Identity and Security (Morpho), s’inscrivent dans la consolidation du système d’entrée / sortie (EES) « afin d’accélérer, de faciliter et de renforcer les procédures de vérification aux frontières pour les ressortissants de pays tiers se rendant dans l’UE. Ce système d’entrée / sortie permettra de moderniser la gestion des frontières extérieures en améliorant la qualité et l’efficacité des contrôles, et d’aider les États membres face à l’augmentation du volume de voyageurs qui entrent dans l’UE et qui en sortent » [25]. Cette évolution s’avère nécessaire compte tenu du volume des franchissements réguliers qui devrait passer à 887 millions en 2025 [26]. Le recours à la biométrie, comme technique d’identification et d’authentification, présente le substantiel avantage de dissocier l’identité de ce que l’on possède (carte d’identité, passeport) et de ce que l’on sait (nom, mot de passe) pour la lier à ce que l’on est, les deux premiers moyens pouvant être utilisés aux fins d’usurper l’identité d’un tiers.

Outre cette expérimentation, d’autres dispositifs existent pour concilier impératif de sécurité et exigence de fluidité :

. certains de nos aéroports (Orly, Marseille Provence etc) sont dotés du dispositif « Passage Automatisé Rapide Des Frontières Extérieures » (P.A.RA.F.E.) à l’arrivée et au départ permettant, grâce à ses empreintes digitales, de bénéficier d’une file dédiée ;

. s’agissant de la détection d’individus dissimulés dans des camions, EuroTunnel Shuttle Freit s’appuie sur le contrôle par ondes millimétriques passives ainsi que sur des détecteurs de battement de cœur et de CO². Pour les armes et les explosifs, ce sont des scanners à rayon X et des détecteurs de spectrométrie de mobilité ionique (analyse des particules en suspension) qui sont utilisés. Cette spectrométrie est d’ailleurs fournie par l’anglais Smiths Detection (Ionscan).

Lors d’un entretien mené le 22 août 2016 avec monsieur Luc Tombal, directeur Stratégie et Développement de Marché de la division Sécurité de Safran Identity and Security (ex-Morpho), ce dernier a souligné que « le contrôle des frontières était un processus complexe où impératifs de sécurité et de fluidité du flux de passagers devaient s’équilibrer en toutes circonstances. S’agissant de ces flux, Safran Identity and Security intervient à tous les stades du déplacement des personnes : 

. avant, en traçant, à l’aide de la biométrie ou d’informations disponibles des individus considérés comme dangereux aux fins d’anticipation et investigation (dispositif Morpho Video Investigation, outils P.N.R. / A.P.I) ;
. pendant, en sécurisant les postes frontaliers au moyen de mécanismes multibiométriques (sas automatisés, dispositifs semi-automatisés de contrôle de frontières aéroportuaires, terrestres, maritimes par capture de portrait, empreintes digitales ou iridiennes) ;

. et après, par la commercialisation d’outils de lecture des caractéristiques biométriques des individus afin de permettre, dans la profondeur des territoires, un contrôle mobile et aléatoire des personnes via des tablettes et / ou des téléphones portables et / ou des caméras connectées. 
Safran Identity and Security développe ainsi des solutions technologiques de rupture innovantes permettant aux États de faire face à des menaces en perpétuelle mutation ».

La Gendarmerie nationale est compétente sur plus de 95 % du territoire métropolitain et ultra-marin. Ce maillage territorial, dont le socle est la brigade, est renforcé par l’action coordonnée d’entités spécialisées (Gendarmerie maritime, Gendarmerie des transports aériens). Il permet ainsi à l’Institution de jouer un rôle central au cœur de la fonction stratégique dite « protection de l’intégrité du territoire et des français », identifiée par le Livre blanc sur la défense et la sécurité de 2008. La révolution, que constitue le déploiement du programme NéOGEND (une tablette et un smartphone pour chaque gendarme), donne une perspective aux technologies permettant une identification instantanée d’individus recherchés ayant franchi une frontière sans avoir été décelés. Une telle fonctionnalité conforterait cet outil numérique du gendarme conçu comme un « système d’arme 3.0 » particulièrement redoutable dans le cadre d’un contrôle de zones aux abords des frontières ainsi que dans la profondeur de nos départements. En effet, au-delà de ces points de transit (aéroports etc), il est essentiel d’assurer une surveillance de certains espaces dits ouverts afin qu’ils ne se transforment pas en « zones grises », hors de contrôle du droit.

2.1.2 Surveillance des espaces frontaliers ouverts

Michel Foucher écrit : « le retour des frontières, dans les faits et les consciences, est une bonne nouvelle. [...]Une frontière n’est pas un tracé abstrait mais une institution, inscrite dans le droit et structurante, issue de conflits et de traités, de négociations et de décisions. La franchir aisément ne l’annule pas. Abolir les frontières, c’est faire disparaître les États. Un monde sans frontière est un monde barbare, ce que l’horreur daeschite nous a rappelé » [27].

Rêver d’un monde sans frontière est une abstraction utopiste dangereuse. La frontière est nécessaire, elle fonde l’État et définit les contours d’une citoyenneté. Elle est également plurielle, façonnée par les nations au fil de leur histoire. Les États-Unis (2.1.2.1) comme la France (2.1.2.2) ont été reconnus comme États, au sens moderne du terme, de par leur capacité à faire respecter le principe d’homogénéité juridique de leur territoire face à des forces centrifuges internes et externes.

2.1.2.1 États-Unis

Les États-Unis, deux frontières, deux réalités. Lorsque que l’on parcourt les quelques 8 900 kilomètres de la frontière canado-américaine et que l’on observe le déploiement de dispositifs de défense passive sur certains tronçons de la Linéa, la différence est saisissante !

Le 12 mars 1947, pour enrailler la propagation de l’idéologie soviétique, le président Truman conceptualisait la doctrine du « containment ». Soixante ans plus tard, pour « endiguer » le phénomène de migration en provenance du Mexique et du reste de l’Amérique latine, les États-Unis investissent massivement dans des dispositifs de surveillance périmétrique des espaces. Le 26 octobre 2006, le président G.W. Bush promulguait le Secure Fence Act of 2006, texte jetant les bases légales d’un mouvement de « fortification » à la fois physique et virtuelle des sections les plus poreuses des 3 141 kilomètres de laLinea courant de l’océan Pacifique aux eaux du Golfe du Mexique. Désireux de conquérir de nouveaux marchés, les industriels de la défense ont massivement investi le champ du « frontalier » en y proposant dans un premier temps, dès 2006, des technologies initialement conçues à des fins strictement militaires puis en développant progressivement des outils spécifiquement adaptés à cette nouvelle demande étatique de sécurité.

C’est dans ce contexte qu’est né le concept des « smart border ». Pour résumer, l’intelligence frontalière au service des besoins de l’United States Custom Border Protection (C.B.P.) ! Dans son article intitulé Frontière fortifiée ? Les enjeux de la construction des murs dans la frontière mexico-américaine, publié dans le recueil de recherches des éditions Armand Colin, Rodrigo Nieto Gomez indique clairement que « l’opération Hold the Line, initiée en 1993, avait transformé la conception stratégique de la sécurisation de la zone frontalière et modifié par conséquent, le fonctionnement tactique de la Border Patrol et la répartition des moyens. Alors que la stratégie initiale était une stratégie en profondeur dans laquelle la ligne frontière était relativement peu surveillée et où la Border Patrol déployait ses ressources à l’intérieur du territoire des États-Unis, la stratégie de l’opération Hold the line repose sur un déploiement frontal : les forces de sécurité ont été privées de leurs fonctions intérieures et concentrées sur une ligne Maginot [fortifications construites de 1928 à 1940 par la France le long de ses frontières avec la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne, la Suisse et l’Italiedevenues le synonyme d’une défense supposée inviolable] au niveau des routes migratoires les plus usitées » [28]. C’est dans le cadre du Secure Border InitiativeNet (S.B.I.net) que de nombreux industriels se sont donc inscrits pour répondre régulièrement à des appels d’offre visant à équiper cette agence fédérale :

les Predator B associés au radar Lynx, commercialisés par la société General Atomics Aeronautical, drones M.A.L.E. (Moyenne Altitude Longue Endurance) de vingt mètres d’envergure permettant une surveillance sur seize kilomètres et une localisation précise d’intrus au moyen d’un illuminateur laser. Ce système de drones tactiques est composé de neuf appareils et de quatre stations au sol positionnées dans les localités de Corpus Christi au Texas, de Sierra Vista en Arizona, de Grand Forks dans le Dakota du Nord et de Jacksonville en Floride [29] ;

l’ I.F.T. (Integrated Fixed Towers) et le R.V.S.S. (Remote Video Surveillance System), « mur virtuel » composé de tours de 9 à 27 mètres de hauteur, surmontées de caméras. Conçues par Boeing, elles transmettent les informations à un poste de commandement via des ondes électromagnétiques ou des câbles de fibre optique. Cinquante-deux tours devaient initialement être déployées dans l’État d’Arizona [30]  ;

les M.S.C . (Mobile Surveillance Capabilities), mâts optroniques de surveillance, d’une capacité d’observation de 8 à 12 kilomètres, montés sur les véhicules de patrouille du C.B.P.. Au 23 novembre 2015, l’État d’Arizona disposait de quarante-neuf unités [31] ;

les Unattented Ground Sensors (U.G.S.), détecteurs sensoriels sismiques, magnétiques et infrarouges enterrés dans le sol. Ce réseau intégré couvrait, en novembre 2015, 53 miles de la frontière américano-mexicaine (soit 85 kilomètres) [32].

Pour assurer leurs missions, les officiers du C.B.P. s’appuient également sur un réseau de grilles de 652,6 miles (soit 1 050 kilomètres) dont le coût s’élevait, en novembre 2015, à 2,3 milliards de dollars, soit 2,2 millions le kilomètre [33].

Depuis 2006, la frontière a son salon, la « Border Security Expo », preuve s’il en fallait du dynamisme économique du secteur. Il réunit tous les ans à San Antonio au Texas, industriels et agences gouvernementales autour du thème de la sécurité des frontières, Il est intéressant de noter que parmi les sponsors de l’édition d’avril 2016, figurait en bonne place le français Safran Identity and Security (anciennement Morpho).

2.1.2.2 France

La France métropolitaine ne connaît pas le long de ses frontières terrestres et maritimes une situation comparable à celle des États-Unis, voire à celle de l’Espagne qui fait face à une pression migratoire importante sur ses territoires de souveraineté situés au Maroc (Ceuta et Melilla). Or, notre pays est présent sur les cinq continents au travers de ses collectivités ultra-marines. Facteur de notre rayonnement diplomatique, politique et militaire et source de richesses tant économique que culturelle, certaines de ces zones, au premier rang desquels figurent la Guyane et Mayotte, invitent à la réflexion.

. La France, par le biais de la Guyane, est frontalière du Surinam sur 520 kilomètres, le long du fleuve Maroni et du Brésil sur plus de 730 kilomètres de forêt tropicale. Au-delà de l’immigration irrégulière, cette situation géographique a contribué à l’émergence d’un mal endémique à cette région, l’orpaillage illégal et ses conséquences environnementales dramatiques. Selon les chiffres de l’Office National des Forêts (O.N.F.), en 2008, une surface de près de 1200 hectares a été déforestée (contre 400 en 2013) et 200 kilomètres de linéaires de cours d’eau ont été pollués (contre 80 en 2013). Le volume de chantiers illégaux a d’ailleurs explosé, passant de 174 en 2003 à 774 en 2013, soit une augmentation de 345 % en dix ans [34] (annexe 1).

. Mayotte, ensemble d’îles situé dans le canal du Mozambique à proximité de Madagascar, est au prise de puissants courants migratoires. Sa situation géographique, conjuguée à son attractivité, génère une importante immigration. Au 21 août 2012, la population s’élevait à 212 606 personnes. Elle était composée de 84 600 étrangers, 95 % d’entre eux étant de nationalité comorienne [35]. Cette part de 40 % d’étrangers contribue à des tensions communautaires. « En 2014, 19 991 étrangers en situation irrégulière ont été interpellés que ce soit sur terre ou en mer. Ils ont tous été éloignés. [...] Toutefois, ces données ne reflètent que très imparfaitement la pression migratoire sur Mayotte, en raison des nombreux facteurs qui interfèrent (conditions météorologiques, disponibilité des intercepteurs, etc) et qui font qu’une partie seulement des clandestins tentant de rejoindre les côtes mahoraises sont effectivement interceptés » [36]. De 2013 à 2014, le volume d’interception de kwassas-kwassas (nom comorien désignant ces petits canots de pêche) est passé de 476 à 597, le nombre de passagers de 10 528 à 12 879 [37].

Le spectre de ces menaces, pesant sur certaines parties de notre territoire, interroge quant à l’opportunité d’une optimisation capacitaire, de nature technologique, des moyens de surveillance et de contrôle des espaces terrestres et maritimes par les services de l’État. A Mayotte, les dispositifs de détection en mer reposent sur le déploiement de quatre radars de la Marine nationale, le dernier implanté en août 2011, ayant permis de compléter la couverture du territoire jusqu’à 20 kilomètres des côtes. Le plan « Mayotte Sécurité pour tous » des ministères de l’Intérieur et des Outre-mer (mai 2016) prévoit notamment une mesure 23 pour « remplacer ou améliorer les performances des radars » et une mesure 25 visant à « lancer une expérimentation drone pour mieux repérer les kwassas en approche » (annexe 3). Partant de ces menaces et de la particularité de ces deux zones d’engagement guyanaise et mahoraise, les industriels français proposent des solutions permettant un contrôle périmétrique des espaces :

. Zone maritime : Mayotte dispose d’une zone économique exclusive (Z.E.E.) de 74 000 km² induisant une capacité de surveillance des côtes et en pleine mer au delà de 20 kilomètres afin de compléter l’actuel dispositif de couverture radar de la Marine. Il est primordial que cette expérimentation permette de vérifier que cet outil ait des coûts d’exploitation limités, une faible empreinte logistique, une équipe de mise en œuvre réduite, une capacité de détection et d’évolution dans des conditions atmosphériques maritimes difficiles afin d’offrir des capacités de surveillance et d’interception pour un coût économiquement acceptable. En effet, en été, le plafond nuageux est bas avec des grains pouvant être violents associés à des rafales de vent et des orages.

Sur ce segment, deux groupes français disposent de drones de basse altitude (environ 20 000 pieds soit 6 000 mètres) : le Patroller de Safran Electronic and Defense à l’autonomie de 20 heures et d’une portée de 180 kilomètres, extensible à 500 et le Watchkeeper de Thales au rayon d’action de plus de 140 kilomètres et de plus de 16 heures d’autonomie. En outre, l’amélioration de la performance de détection passera par une rénovation des radars de la chaîne sémaphorique du littoral mahorais. Dans l’océan Indien, Mayotte, confrontée à l’immigration clandestine comorienne, bénéficie du système Spationav, surveillance en temps réel des approches maritimes.

. Zone forestière et fluviale  : de type tropical humide, elle couvre près de 8 millions d’hectares soit 96 % de la Guyane. Elle se caractérise par une formation végétale arborée haute et dense ainsi qu’une forte humidité ambiante et une chaleur permanente. En raison de cette densité, la lumière y pénètre difficilement. Quant au fleuve Maroni, son débit moyen est de 1 681 m³ par seconde. Cette zone d’engagement est très particulière mettant à rude épreuve la fiabilité des matériels, notamment électroniques, des militaires et des gendarmes qui y interviennent.

Outre cette contrainte naturelle, les autorités françaises font face à un adversaire armé et violent particulièrement résilient, rustique et adapté au milieu, les « garimpeiros » (chercheurs d’or brésiliens). Dans ce contexte, l’une des clefs du succès est de cibler les centres de gravité de l’orpaillage illégal. C’est la raison pour laquelle l’opération interministérielle Harpie, menée conjointement par les forces de gendarmerie et les forces armées, s’emploie à agir tant sur les centres de production aurifère que sur les flux logistiques. Partant de ces objectifs, la consolidation des capacités d’aéromobilité est essentielle tant pour la chaîne du renseignement que pour la fulgurance des actions d’interception. Quant à la technologie, elle peut constituer un appui inestimable à la condition d’éviter l’écueil du produit créant le besoin.

La connaissance précise de la zone d’engagement est, en effet, un facteur clef dans la conception de technologies destinées à appuyer les stratégies déployées pour contrôler les espaces frontaliers. Il est à ce titre intéressant de mesurer combien « l’analyse de la menace et des particularités du terrain sont des présupposés indispensables à l’identification du besoin, extrait dans le cadre d’une démarche de coproduction industriel - client » (Monsieur Jean-Luc Sandral-Lasbordes, directeur du département Border Surveillance de Thales lors d’un entretien du 30 septembre 2016).

Mais, ce paradigme du panoptique sécuritaire est-il réellement en prise directe avec la réalité de nos menaces contemporaines ?

2.2 Technologie face à l’évaluation de la performance et de l’acceptabilité

Dans un rapport daté du 6 janvier 2015, l’Inspecteur général du Département de la Sécurité Intérieure (O.I.G. D.H.S. [38]), John Roth, a rendu ses conclusions concernant l’acquisition, par l’United States Customs and Border Protection (C.B.P.), de drones Predator B commercialisés par la société General Atomics. Selon ce rapport [39], après huit ans d’utilisation, le C.B.P. n’a pas apporté la preuve de la plus-value opérationnelle de ces avions sans pilote dans la lutte contre l’immigration irrégulière. Recommandant l’abandon immédiat d’un nouveau programme d’équipement évalué à 443 millions de dollars supplémentaires, l’O.I.G. D.H.S. a notamment mis en exergue quatre constats :

- le C.B.P. avait évalué le coût horaire de ces drones à 2 468 dollars. Or, il avait omis d’y intégrer le salaire des pilotes et certaines opérations de maintenance faisant ainsi passer le coût d’une heure de vol à 12 255 dollars, soit une augmentation de 396 % des frais de fonctionnement ; 
2 - l’objectif poursuivi par le C.B.P. était d’employer ces drones 16 heures par jour. L’O.I.G. D.H.S. a mis en lumière que le temps de vol journalier n’excédait pas 4 heures et ce en raison notamment des conditions météorologiques ; 
3 - alors que le C B.P. évoquait des capacités de surveillance des drones sur la totalité de la frontière allant du Texas à la Californie (soit l’intégralité de la frontière américano-mexicaine de 3 141 kilomètres), les déploiements ont été limités à 160 kilomètres en Arizona et à 112 kilomètres au Texas ; 
4 - la surveillance par drone a contribué à l’interpellation de moins de 2 % du volume de clandestins arrêtés par les officiers du C.B.P..

Les conclusions de l’O.I.G. DH.S. peuvent ainsi permettre d’alimenter les réflexions autour de la mesure 25 du plan « Mayotte Sécurité pour tous » des ministères de l’Intérieur et des Outre-mer (annexe 3). Dévoilée lors d’une conférence de presse le 2 juin 2016, ils entendent « lancer une expérimentation drone pour mieux repérer les kwassas en approche ». Fort de ce retour d’expérience, il conviendra de mesurer l’impact financier de ce déploiement sur l’île de Mayotte. Un tel appui aérien donnerait un avantage tactique incontestable aux navires d’interception de la Marine et de la Gendarmerie maritime à la condition de présenter un cahier des charges précis intégrant les spécificités opérationnelles attendues et les contraintes d’évolution dans cette zone maritime particulière. Interrogé sur ce point lors d’un entretien le 30 septembre 2016, Monsieur Sandral-Lasbordes, directeur du département Border Surveillance de chez Thales, précisait que « les drones permettent d’offrir une incontestable supériorité tactique aux forces par leur capacité à détecter dans la profondeur des menaces ou à préciser la réalité d’une intrusion identifiée par d’autres vecteurs (radars). Les drones ne constituent pas en revanche l’outil adéquat pour une surveillance permanente des espaces ».

En outre, le Secure Fence Act de 2006 a également été accompagné du déploiement de la Secure Border Initiative (S.B.I.), programme pluri-annuel incluant notamment le « projet 28 » consistant dans la construction d’un « mur virtuel » de 45 kilomètres dans le secteur de Tucson (Arizona) confiée le 20 octobre 2006 [40] à la société Boeing, pour un montant de 790 millions de dollars [41]. Il permet d’assurer un contrôle de zone grâce à une surveillance électronique hybride de nouvelle génération (caméras terrestres et détecteurs sensoriels installés au sommet de tours fixes et / ou mobiles) appuyée par les satellites du Pentagone et du Département de la Sécurité Intérieure et des drones du C.B.P.. En 2007, selon un rapport du Government Accountability Office (G.A.O., l’équivalent de notre Cour des comptes), 20 millions de dollars supplémentaires ont été alloués à ce projet [42]. 
Or, ces murs virtuels multiplient les fausses alertes mobilisant drones et patrouilles du C.B.P. : diversions organisées par des passeurs ou des trafiquants, mouvements de branches d’arbres, passages d’animaux, conditions météorologiques difficiles [43]. Dans un rapport présenté en 2010 par l’O.I.G., il est mentionné que le « projet 28 » risque de ne pas atteindre la performance escomptée avec tous les risques associés d’explosion des coûts financiers liés à la correction de cinq dysfonctionnements majeurs observés (notamment, images floues, sensibilité excessive des détecteurs sensoriels, etc) [44].

Pour en finir avec l’évaluation de ces outils, l’acceptation sociétale d’une mesure est une donnée à ne surtout pas négliger lorsqu’il s’agit de financer avec des fonds publics des matériels de sécurité. En effet, nos sociétés occidentales placent la protection de la vie privée comme une valeur cardinale de nos démocraties. Il est, à ce titre, éclairant de voir le sort réservé aux 251 scanners corporels à ondes millimétriques (Rapiscan Secure 1000) achetés par le T.S.A. entre 2009 et 2010. Connus sous l’expression « scanners déshabilleurs », ils permettaient aux agents de sécurité de voir tous les détails de l’anatomie des passagers en transit.

En juin 2013, l’O.I.G. D.H.S., John Roth, notait que, suite à des plaintes, cette agence fédérale avait été contrainte de les retirer des aéroports en raison de l’impossibilité pour la société Rapiscan de se conformer aux prescriptions du FAA Modernization Reform Act of 2012. Ils ont coûté aux contribuables américains 41,6 millions de dollars [45]. Une étude d’impact préalable aurait permis d’identifier une ligne rouge à ne pas franchir et de concevoir une contre-mesure technique propre à en permettre le déploiement dans des conditions socialement acceptables, en l’occurrence une solution logicielle de brouillage intégrée dans les scanners à rayons T proposés par le groupe L-3 Communications, qui s’est vu attribuer le nouveau marché.

L’ingéniosité humaine est sans limite lorsqu’il s’agit de contourner les barrières mises en place par les États pour réguler les comportements. « Montrez-moi un mur de 50 pieds de haut et je vous montrerai une échelle de 51 pieds  » [46]. Il y aura toujours plus de mouvements de migration irrégulière simplement parce que les disparités économiques vont grandissantes. Cette réalité ne doit ni pousser à l’immobilisme ni au fatalisme.

Cette réalité doit seulement nous inviter à penser autrement et à évaluer encore plus finement la performance des dispositifs techniques mis en place dans les postes frontières et sur les espaces ouverts de nos zones frontalières. Le coût financier, l’efficacité et l’éthique doivent être des marqueurs décisionnels forts car l’identification des solutions opérationnelles humaines et techniques aux défis présents et futurs sera l’enjeu majeur d’un siècle marqué par une explosion sans précédent de la criminalité trans-frontalière, du terrorisme et de l’immigration irrégulière. Le contrôle des frontières est en somme, à l’image de la stratégie (entendue dans son sens premier comme l’art de conduire une armée), une dialectique des volontés. Ignorer les interactions et les réciprocités ne peut conduire qu’à la ruine.

2.3 La « robotique  » appliquée aux frontières, vers une révolution 3.0 ?

Une littérature et une filmographie fourmillent sur le thème, les robots vont-ils remplacer les forces armées et de sécurité intérieure ?

Détroit, dans le Michigan, l’officier de police Alex Murphy est brutalement assassiné par des criminels. Ramené à la vie, il deviendra le robot policier du futur. Sorti dans les salles obscures en 1987, RoboCop, du réalisateur Paul Verhoeven, aborde la place du complexe militaro-industriel américain dans la promotion de l’ordre et de la sécurité. Plus récemment, les frères Wachowski mettaient en scène, dans Matrix (1999), des sentinelles autonomes, chargées, dans un monde post-apocalyptique, de surveiller et détruire toute tentative d’intrusion dans le centre névralgique du système.

Isaac Asimov, de son côté, a consacré l’essentiel de son œuvre littéraire à la science-fiction et à la vulgarisation scientifique. Dans Les Robots, recueil de nouvelles publié en 1967, il invente un nouveau terme qui allait passer dans le langage courant, la « robotique ». Cet auteur laissa également une empreinte indélébile en formulant les trois lois de la robotique auxquelles tous les robots positroniques de ses romans doivent obéir : « un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger ; un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi ; un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi ».

Cette interrogation n’est plus de l’ordre de la théorie ou de la fiction, c’est devenu une réalité tangible et palpable dans certaines zones de tension. C’est ainsi que le système Samsung Techwin SGR-A1 (annexe 4) est déployé, depuis 2013, à la frontière des deux Corée pour surveiller la zone démilitarisée (DMZ). Ce robot sentinelle fixe est équipé de caméras de surveillance et de capteurs détectant une cible en mouvement à une distance de quatre kilomètres. Côté armement, le SGR-A1 dispose d’une mitrailleuse de calibre 5,56 mm ainsi que d’un lance-grenades de 40 mm. Associé à un système de communication, de microphones et de haut-parleurs, le robot permet de dialoguer avec sa cible potentielle et de rendre compte au centre de commandement [47].

De son côté, le ministère de la défense israélien a développé plusieurs véhicules sans pilote, le Guardium et le Border Potector, chargés de patrouiller et de surveiller la frontière avec la bande de Gaza. Le dernier né de ces Unmanned Ground Vehicles (U.G.V.) est le Seguev, conçu sur la base d’une Ford F-350.

Affecté au Combat Intelligence Bataillon de Kissoufim, il est pourvu de capteurs sensoriels et d’un mât télescopique de six mètres. Destiné à fiabiliser la surveillance de la frontière, son déploiement a été effectué dans une logique d’économie et de sécurité des militaires engagés [48].

La situation de ces deux théâtres est bien évidemment très particulière et ne saurait être assimilée à une surveillance frontalière plus traditionnelle comme c’est le cas aux États-Unis ou à la périphérie de l’U.E.. Elle oppose, dans le premier cas, deux États séparés, depuis le 13 mars 1953, lors de la signature de l’armistice de Panmunjeom, par une étroite bande de terre minée d’une longueur de 248 kilomètres sur 4 kilomètres de large, courant le long du 38e parallèle. Dans l’autre, il s’agit d’un gouvernement exposé à des tirs de roquette et à des incursions de commandos armés.

Revenons en Europe. Le programme T.A.L.O.S. (pour Transportable Autonomus Patrol for Land bOrder Surveillance), au budget de 20 millions d’euros, [49]prévoit, en complément des patrouilles humaines, d’employer des robots-caméras terrestres mobiles équipés de détecteurs (U.G.V.). Il est intéressant, pour en comprendre l’esprit et mettre en perspective ce projet, de s’attarder sur sa dénomination. Ce programme européen de surveillance frontalière automatisée porte le nom de Talos, figure légendaire de la mythologie grecque. Géant de bronze forgé par Héphaïstos, dieu de la métallurgie, il était le gardien de la Crête, investi de la mission de repousser les intrus hors de l’île. Son protocole de développement est une synthèse des capacités opérationnelles américaines (S.B.I., tours et drones de surveillance) et israéliennes (U.G.V. Guardium et Seguev) [50].

Son originalité réside dans une volonté de développer, en sus d’une capacité d’observation, des U.G.V. d’interception de premier échelon. L’Office National d’Études et de Recherches aérospatiales (O.N.E.R.A.), établissement public français placé sous la tutelle du ministère de la Défense, conduit d’ailleurs le développement technologique des capteurs optiques de son exosquelette (caméras et télémétrie laser).

Dans nos sociétés démocratiques, la robotique et l’intelligence artificielle, appliquées à la surveillance des espaces frontaliers, invitent à réfléchir sur les aspects déontologiques. La construction d’un corpus juridique de principes directeurs, guidant les forces armées et de sécurité dans l’accomplissement de leurs missions, permettra l’émergence d’une indispensable éthique robotique. En matière de sécurité intérieure, offrir à un robot, en toute autonomie, sans aucune intervention humaine, l’opportunité d’identifier une cible, de l’intercepter, voire de la neutraliser avec des moyens létaux ou non n’est concevable que dans le cadre d’une doctrine d’emploi claire et précise compatible avec l’état du droit. Faire du robot un système d’armes intégré au dispositif de contrôle des frontières devra passer par la garantie d’un usage proportionné et nécessaire de la force, sous supervision humaine, au risque d’apparenter cette technologie à une forme de déshumanisation de la sécurité, exacerbant les possibles usages inconsidérés de la « violence légitime ».

Dans une lettre ouverte publiée le 28 juillet 2015, des scientifiques et des industriels, dont le président directeur général de Tesla, Elon Musk, le cofondateur d’Apple, Steve Wozniak et le physicien Steven Hawking, s’inquiétaient des risques de dérive de ces armes autonomes, « décrites comme la troisième révolution de la guerre, après la poudre et l’arme atomique » [51]. Au-delà des formules péremptoires, il y a clairement chez ces personnalités la volonté de préserver les potentialités commerciales du secteur afin que l’intelligence artificielle ne soit pas discréditée aux yeux de l’opinion publique. En somme, pérenniser des programmes de R&D, comme T.A.L.O.S., passera par la rédaction de principes directeurs d’emploi dont la pierre angulaire devra être le contrôle humain de l’intégralité de la mission (observation, intervention, interception, neutralisation) et ce aux fins d’assurer :

. une discrimination entre contrevenants et tiers innocents ;

. le respect de la vie privée et le droit à l’image ;

. un usage proportionné et nécessaire de la force.

Il est indispensable, si l’on veut aborder cette thématique avec justesse, de prendre quelques précautions sémantiques. « Traiter » automatiquement une cible ne signifie en aucun cas autonomie dès lors que la chaîne du commandement laisse à l’homme une place centrale dans le processus décisionnel. Dans un tel processus, même éloigné de la zone d’engagement, l’homme conservera la faculté d’interrompre à tout moment le flux vidéo, de reprogrammer une trajectoire ou d’interrompre l’emploi de la force.

Pourtant, il y a un au-delà à ce nécessaire cluster technologique. Le contrôle des frontières implique une quête de profondeur stratégique, indispensable à la constitution d’un espace pérenne de sécurité. Cette quête passera nécessairement par :

. une action policière, douanière et judiciaire résolue et coordonnée (C.C.P.D. [52], Europol [53] etc) sur les bassins de criminalité, les réseaux criminels et terroristes ;

. un effort de prévision grâce à une communauté du renseignement plaçant la fonction « anticipation / connaissance » [54] au centre de la lutte contre le terrorisme ;

. un engagement diplomatique, humanitaire et militaire international (Nations-Unies, Union Africaine...) sur les zones de guerre et de tensions pour endiguer la puissance des flux migratoires (Érythrée, Syrie...).

En négligeant ces impératifs, la maîtrise des frontières pourrait bien devenir un vœu pieux !

3. Asseoir la défense et la sécurité des territoires : vers une quête de profondeur stratégique

Penser la maîtrise de ses frontières sur le seuil de sa porte est une erreur stratégique majeure. La souveraineté territoriale a un coût, celui de la profondeur stratégique.

Cette profondeur passe par un engagement volontariste des gouvernements dans la lutte contre toutes les formes de comportements transgressifs (3.1), dans la construction, dans le cadre du concert des nations, d’une paix globale et durable (3.2) et dans le dimensionnement des capacités de recueil et d’analyse du renseignement (3.3).

3.1. Une action résolue et coordonnée sur les bassins de criminalité, les réseaux criminels et terroristes.

En construisant des espaces de libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, les zones de libre échange ont inévitablement facilité la libre circulation de la criminalité et du terrorisme. Ce phénomène s’est amplifié sous l’effet des N.T.I.C. et de la modernisation des moyens de transport. Cette interconnexion sans cesse plus avancée entre États-nations a rendu particulièrement complexe la maîtrise de la délinquance transfrontalière. Les gouvernements se sont ainsi engagés dans un mouvement de coopération policière et judiciaire en matière pénale à l’échelle régionale et internationale.

L’U.E. a ainsi vu naître Eurojust (collège de 28 membres, magistrats et procureurs, chargés d’engager des poursuites), Europol (coopération entre services de police), le Réseau judiciaire européen (points de contact à la disposition des autorités judiciaires) et depuis le 06 octobre 2016 l’Agence européenne des gardes-frontières et des gardes-côtes, anciennement Frontex (coopération opérationnelle aux frontières extérieures), toutes ces institutions nourrissant entre-elles des liens organisationnels.

Poursuivant cette même philosophie, Interpol, organisation internationale, réunit 190 pays membres. Elle s’appuie sur sept bureaux régionaux et des représentations auprès des Nations-Unies et de l’U.E. pour apporter un appui technique et opérationnel aux polices nationales. En matière de surveillance des frontières, son Integrated Border Management Task Force (I.B.M.T.F.) offre aux pays membres l’accès à ses treize bases de données (profils ADN, empreintes digitales, véhicules volés, etc).

Le crime organisé s’est diversifié. Il est devenu global. Il corrompt, infiltre les gouvernements et le monde des affaires freinant ainsi le développement économique et sapant la gouvernance des États : influence des cartels de la drogue ; collusion entre organisations criminelles et terroristes ; passeurs de clandestins ; violence des gangs ; conséquences financières de la piraterie sur le commerce maritime mondial ; contrefaçon ; blanchiment d’argent, etc. Le crime organisé est un défi pour les gouvernements. Le relever passera nécessairement par une coopération régionale et internationale renforcée.

L’Union européenne, pôle d’attraction de ces flux, devra nécessairement densifier les moyens humains et matériels dédiés au corps européen ayant succédé à l’agence Frontex. Créée en 2004 (règlement CE nº2007 / 2004 du 26 octobre 2004), elle était chargée de promouvoir et de coordonner la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne : opérations conjointes ; assistance ; projection de forces ; échange de renseignements ; analyse de risques ; recherche. Dans ce cadre, pour lutter contre une criminalité durablement enracinée, Frontex a mené de front plusieurs opérations aux portes de l’U.E.

Son budget a été sensiblement abondé passant de 97,9 millions d’euros en 2014 à 254 millions en 2016 [55]. Le contrôle des voies syriennes et libyennes doit devenir une priorité pour l’ensemble des pays membres de l’espace Schengen qui ont notamment déployé, à la demande des autorités grecques, des moyens humains et matériels intégrés à la Rapid Border Intervention Team (R.A.B.I.T.) de l’agence européenne Frontex.

La localisation de ces zones d’instabilité doit conduire à affecter en priorité les crédits budgétaires aux missions Triton (surveillance des approches maritimes de l’U.E. faisant face à la Libye) et Poséidon (opérations protéiformes de contrôle terrestre et maritime du couloir syrien). Du 4 février 2015 au 3 février 2016, sur les frontières serbo-hongroise, serbo-croate, grecquo-turque et bulgaro-turque, ont été déployés des personnels et du matériel destinés à contrôler ces mouvements d’immigration irrégulière. Ces opérations intégrées, menées dans la profondeur de l’espace Schengen, doivent nous inviter à pousser encore plus loin nos réflexions stratégiques. La maîtrise de la Méditerranée ne peut se réduire à des patrouilles dans les eaux territoriales italiennes, françaises, espagnoles ou grecques. Elle impose une présence dissuasive dans les eaux internationales pour détecter en amont criminels, terroristes ou passeurs.

Il est donc important de repenser l’allonge des missions Triton et Poséidon pour l’heure limitées aux seules eaux territoriales des états membres. Rappelons-nous qu’en octobre 2013, l’Italie lançait l’opération « mare nostrum » permettant à ses forces navales d’intervenir jusque sur les côtes libyennes.

Carte des opérations de Frontex Copyright : Frontex, Varsovie, 2016.

Le renforcement des contrôles aux frontières extérieures doit nous amener à penser un véritable corps européen de gardes-frontières disposant d’une plénitude de prérogatives allant du sauvetage en mer à la protection de l’environnement en passant par la lutte contre la criminalité organisée et le terrorisme. La France pourrait jouer, en la matière, un rôle moteur en assurant ses partenaires européens de la plus-value opérationnelle d’une telle unité. Cette unité pourrait ainsi concentrer son action sur la gestion opérationnelle intégrée des frontières extérieures et le renforcement des capacités opératives des États membres. Dans son discours sur l’état de l’Union du 9 septembre 2015, Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, déclarait qu’ « une politique unie en matière de réfugiés et d’asile exige également un renforcement des efforts conjoints de protection de nos frontières extérieures. Nous avons heureusement abandonné les contrôles aux frontières entre États membres de l’espace Schengen pour garantir la libre circulation des personnes, ce symbole par excellence de l’intégration européenne. Mais en contrepartie, la libre circulation nous impose de coopérer encore plus étroitement pour gérer nos frontières extérieures. C’est ce qu’attendent nos concitoyens. La Commission l’a réaffirmé en mai [2015] et je l’avais dit lors de ma campagne électorale [de 2014] : nous devons renforcer Frontex de manière significative pour le faire évoluer vers un système européen de gardes-frontières et de gardes-côtes qui soit pleinement opérationnel ».

Sous-dimensionnée par rapport à la pression migratoire actuelle et institutionnellement dépendante des Etats membres quant à l’octroi de moyens, l’agence Frontex, chargée de la gestion des frontières européennes, vient de disparaître au profit de l’Agence européenne de gardes-frontières et des côtes dont le siège est localisé à Varsovie. Elle restera sous la présidence de l’ancien directeur de Frontex, le français Fabrice Leggeri. Depuis le 6 octobre 2016, l’Union européenne est donc pourvue d’un véritable corps commun de gardes-frontières et des côtes destiné à assurer la surveillance de ses frontières extérieures (annexe 5). Pour faire face aux défis actuels, elle s’appuiera sur une force de réaction rapide forte de 1 500 personnels, dotée de matériels propres et déployable à la demande d’un Etat membre. Elle ne dépendra donc plus de contributions gouvernementales et pourra désormais acquérir ou louer des équipements techniques (articles 38.1 et 56.2 du règlement U.E. 2016/1624 du Parlement européen et du Conseil du 14 septembre 2016 relatif au corps européen de garde-frontières et de garde-côtes). La seconde innovation institutionnelle réside dans sa capacité à intervenir d’autorité aux frontières extérieures de l’U.E., sur décision du Conseil européen et ce même en l’absence de toute sollicitation étatique dès lors que la situation présente une menace pour la sécurité de l’Union. L’article 19.1 du règlement précité indique en effet clairement que « lorsque le contrôle aux frontières extérieures est rendu à ce point inefficace que le fonctionnement de l’espace Schengen risque d’être compromis parce que :

. un État membre ne prend pas les mesures nécessaires conformément à une décision du conseil d’administration visée à l’article 13, paragraphe 8 ;

. ou un État membre confronté à des défis spécifiques et disproportionnés aux frontières extérieures soit n’a pas demandé un appui suffisant à l’Agence au titre de l’article 15, 17 ou 18, soit ne fait pas le nécessaire pour mettre en œuvre les mesures prévues à ces articles,

le Conseil peut adopter sans retard une décision au moyen d’un acte d’exécution, qui définit les mesures d’atténuation de ces risques devant être mises en œuvre par l’Agence et exige de l’État membre concerné qu’il coopère avec l’Agence dans la mise en œuvre de ces mesures
 ».

Il sera évidemment impossible, pour d’évidentes raisons de souveraineté nationale, d’y projeter des forces sans son assentiment exprès. Ceci étant, les pays membres, tout particulièrement les frontaliers de ce dernier, seront fondés à réintroduire des contrôles aux frontières intérieures de l’espace Schengen. Il convient d’ajouter qu’étant donné que seul le Conseil européen peut statuer et en aucun cas la Commission européenne, comme évoqué dans le projet de règlement, la décision devra être prise à la majorité qualifiée des Etats membres. Afin de couvrir l’ensemble du spectre de la question migratoire, elle aura enfin la responsabilité de prévenir la criminalité transfrontalière par la collecte, le traitement et le partage avec les Etats membres et les agences de l’Union (comme Europol) des données relatives aux individus soupçonnés d’activités criminelles ou terroristes (articles 44 et suivants dudit règlement).

Il est primordial de prendre conscience que la pérennisation d’un espace comme l’Union européenne passera par un nécessaire mouvement de consolidation territoriale. Et, cette agence en est indubitablement l’expression. Cette idée, que la fluidité des échanges et des flux dans notre monde globalisé conduit à la disparition des frontières, doit être combattue. Les menaces aux portes de l’espace Schengen ainsi que dans la profondeur des territoires africains ou proche-orientaux doivent nous inviter à ne surtout pas négliger les zones frontalières. En délimitant la géographie des espaces continentaux et maritimes, la frontière a protégé, protège et protégera toujours les populations, c’est un fait. Le retour de la dialectique ouverture économique / fermeture territoriale marque simplement la fin de l’illusion utopique d’un « village planétaire » à la McLuhan.

Face aux menaces actuelles, le système frontalier européen connaît une crise sans précédent. De nombreux pays se sont ainsi appuyés sur la possibilité offerte par l’article 23 du règlement C.E. nº 562/2006 du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2006 pour rétablir le contrôle à leurs frontières intérieures « en cas de menace grave pour l’ordre public et la sécurité intérieure » (France, Hongrie, Allemagne, Suède, etc). Si la libre circulation des personnes est le symbole le plus ostensible de la construction européenne, le règlement de 2006 est, quant à lui, l’expression d’un nécessaire réalisme politique. Face à une multiplication des attentats, ayant fait naître chez les citoyens une légitime attente de sécurité, les gouvernements se doivent de surveiller et de contrôler leurs périphéries, sauf à accepter que leurs frontières ne deviennent des zones poreuses à toutes les formes de criminalité et de fanatisme. Enfin, la maîtrise des frontières extérieures, garantie par ce texte, reste indubitablement liée à la politique d’élargissement menée par l’U.E.. Existe-t-il une limite ultime à cette extension ? En d’autres termes, doit-on tracer une « ligne rouge » à ne pas franchir ? Indubitablement oui et ce nom du plus élémentaire principe de sécurité des personnes et des territoires. Et cette ligne, il faudra la sanctuariser par un contrôle frontalier effectif et dissuasif. Rappelons-nous de l’épisode du fleuve Rubicon, fleuve du nord de l’Italie, à l’origine de cette expression en raison de ses eaux tirant sur le rouge du fait des terres argileuses qu’il charriait. Dès 59 avant J.-C., il servit de frontière entre l’Italie romaine et la province de Gaule cisalpine, censée protéger Rome des menaces militaires internes. Ce cours d’eau devint célèbre lorsque Jules César, lancé sur les traces de Pompée, le traversa avec ses légions en armes en 49 avant J.-C.. Violant les prescriptions du Sénat, il lança la célèbre formule, « le sort en est jeté » (« Aléa jacta est »). Pour garantir notre sécurité, faisons en sorte que le tracé de cette « ligne rouge  » soit véritablement sanctuarisé.

La situation nord-américaine est, quant à elle, symptomatique d’organisations criminelles qui se diversifient sans cesse, en quête de nouveaux marchés et de nouvelles opportunités. Éloignés des principaux foyers d’instabilité africains et moyen-orientaux, les États-Unis, pôle d’attraction économique, font principalement face à une criminalité transfrontalière largement alimentée par les cartels mexicains de la drogue et les gangs salvadoriens et honduriens.

Là encore, baser intégralement sa doctrine de sécurisation des frontières sur la « fortification » humaine et technologique de la Linéa est une erreur majeure. Toute zone, qui plus est lorsqu’elle mesure 3 141 kilomètres de longueur, nécessite pour son contrôle une indispensable profondeur. Et cette profondeur ne s’acquerra qu’au travers d’une coopération régionale avec les nations, terreau des menaces pesant sur la sécurité intérieure des États-Unis. De cette coopération naîtra une stratégie intégrée propice à l’identification des outils tactiques propres à en juguler les effets.

C’est dans cette logique que le Congrès a fourni, depuis 2008, 642 millions de dollars [56] au Costa Rica, au Salvador, au Guatemala, au Honduras, au Nicaragua et au Panama dans le cadre du programme C.A.R.S.I. (Central America Regional Security Initiative) : formation des forces armées et des services de police ; coopération judiciaire ; programmes de prévention ; développement économique et social des communautés les plus défavorisées.

Dans cette même perspective, l’Initiative Mérida est un partenariat conclu avec le Mexique pour lutter contre la criminalité organisée. Abondée, depuis son lancement en 2008, à hauteur de 2,3 milliards de dollars [57], elle recouvre de nombreux domaines allant de la formation des magistrats à l’entraînement des forces de police en passant par des programmes d’équipement et des patrouilles frontalières conjointes instituées dans le cadre du troisième pilier intitulé « Créer une frontière du XXIième siècle » [58]. Le projet de loi de finances pour 2017 prévoit d’y consacrer une enveloppe de 129 millions de dollars dont 49 millions doivent être affectés à des projets liés au développement économique des régions les plus touchées par la précarité [59]. Le développement économique du Mexique restera indubitablement le premier facteur de régulation des flux migratoires pour les autorités nord-américaines.

Dans cette quête d’une paix globale et durable, la complexité des crises contemporaines et la multiplicité des acteurs imposent de penser bien au-delà du strict cadre du territoire national. Dans un jeu politique globalisé, l’isolationnisme et le repli sur soi sont des écueils majeurs à éviter. Il convient de leur préférer la profondeur stratégique. Seule la coopération qu’elle soit diplomatique, militaire ou humanitaire permettra d’apaiser les pressions migratoires sur les frontières. Elle contribuera à penser une frontière idéale, zone d’échanges économiques et culturels propice au développement des nations. « La frontière idéale n’est-elle pas celle qui donne à chaque peuple le sentiment d’être libre chez soi, parce que, alors, la frontière peut-être un lieu de rencontre et de coopération plutôt qu’une ligne de confrontation » [60] ? 

3.2 Un engagement diplomatique, humanitaire et militaire international sur les zones de guerre et de tension

Pour protéger son territoire, sa population et son patrimoine, qu’il soit matériel ou immatériel, il convient d’agir dans la profondeur et de maîtriser son territoire ainsi que ses périphéries.

Les tensions indo-pakistanaises dans la région du Cachemire, héritées de sa partition par l’O.N.U. en juillet 1949, sont à cet égard éclairantes de cette stratégie selon laquelle il est inconcevable de sécuriser son territoire sur le seuil de sa frontière. Conscient de cet impératif, le Pakistan soutient des groupes insurgés en Afghanistan, appui ayant conduit les analystes du Pentagone à considérer, en 2009, ces deux États comme une seule et unique zone d’opérations, dénommée AfPak. Cette politique menée par les autorités d’Islamabad a pour objectif prioritaire de rompre la proximité entre Kaboul et New Delhi afin d’éviter le risque d’un double front en cas de guerre avec l’Inde. Elle tend également à garantir aux pakistanais une profondeur stratégique suffisante pour préserver l’inviolabilité de leurs frontières.

Lancée le 1er août 2014, l’opération Barkhane, menée dans la bande sahélo-saharienne par la France et les pays du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad), renvoie également à cette exigence élémentaire consubstantielle à l’obligation régalienne qu’un gouvernement a, vis à vis de sa population : la sécurité. Destinée à apporter une réponse durable à la menace terroriste, cette mission repose sur une approche stratégique rénovée plaçant les acteurs régionaux au cœur de la lutte contre les groupes armés.

La géopolitique contemporaine est ainsi le siège d’intenses et constantes confrontations inter, infra et supra-étatiques que les décideurs se doivent de comprendre pour agir. Le gouvernant doit donc être un stratège sachant jouer de son influence pour construire des instruments de coopération et sachant coordonner toutes ses forces au service de sa stratégie de défense du territoire ; forces de sécurité, forces armées, forces économiques, forces sociales, forces scientifiques, industrielles et techniques.

Lorsque l’on analyse, sur la carte ci-après [61], l’origine géographique des flux d’immigration clandestine, il est flagrant de constater que ces derniers sont étroitement liés à des zones de guerre ou à des territoires frappés de difficultés économiques endémiques et à la gouvernance défaillante, militant ainsi pour une action dans la profondeur des territoires. Les deux principaux points de sortie vers « l’eldorado » européen passent actuellement par deux États aux structures gouvernementales déliquescentes, la Syrie et la Libye.

Carte des passages illégaux de la frontière extérieure de l’Union européenne, 2015 Copyright : Frontex, Varsovie, 2016

Vaste terrain d’affrontements, depuis la chute du régime de Mouammar Khadafi en octobre 2011, la Libye est dans une situation de guerre civile opposant différentes « katibas  » (milices) pour la maîtrise des principales villes du pays et de ses abondantes ressources en hydrocarbures. Cette situation est d’autant plus préoccupante que l’organisation terroriste Daesh tire avantage de ce chaos politique et militaire pour consolider ses positions. En 2015, ce délitement institutionnel a permis à 153 946 immigrés d’y transiter pour rejoindre l’Italie. Majoritairement d’origine érythréenne (38 791, soit une augmentation de 16 % par rapport à 2015), la situation économique et politique du pays contribue à cet exode massif, relayé par les médias depuis le drame de Lampedusa en 2013 où 366 migrants périrent noyés en Méditerranée. Présent sur l’île pour se recueillir, le pape François Ier y avait condamné une « globalisation de l’indifférence ». A la tête de l’Érythrée depuis son indépendance en 1993, le Président Afeworki du Front Populaire pour la Démocratie et la Justice (parti unique) concentre tous les pouvoirs. « Le processus de démocratisation engagé en 1997 avec l’adoption d’une constitution est au point mort. Le régime a supprimé la plupart des libertés et la situation des droits de l’homme y est très préoccupante [...].L’Érythrée est un des pays les plus pauvres du monde. Sa population compte notamment sur les transferts de la diaspora (dont l’État érythréen prélève 2%) pour subvenir à ses besoins » [62]. Accusée de jouer un rôle déstabilisateur dans la Corne de l’Afrique, l’Érythrée fait actuellement l’objet de sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies.

De son côté, la Syrie de Bachar El-Assad s’enfonce dans un conflit aux ramifications complexes opposant les alaouites et leurs soutiens chiite et russe à un front hétéroclite antagoniste composé de l’Armée Syrienne Libre, de combattants kurdes, de terroristes de l’État Islamique et d’une coalition internationale sous leadership américain. « Dès mars 2011, à l’instar de ses partenaires occidentaux, la France a appelé au départ du président Bachar al-Assad et a soutenu l’aspiration du peuple syrien à la démocratie et à la liberté en se mobilisant en faveur d’une transition politique en Syrie. Dans cet esprit, la France a reconnu la Coalition des forces de la révolution et de l’opposition syrienne formée le 11 novembre 2012 à Doha comme seul représentant légitime du peuple syrien » [63].

Dans ce contexte, en 2015, feu l’agence européenne Frontex faisait état de 496 340 syriens fuyant le pays en direction de la Grèce. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker et le premier ministre turc, Ahmet Davutoğlu, ont convenu, le 18 mars 2016, d’une stratégie commune et globale destinée à briser le modèle économique des passeurs de réfugiés profitant de cette guerre :

. renvoi en Turquie de tous les nouveaux migrants en situation irrégulière quittant le pays, après enregistrement et traitement d’une éventuelle demande d’asile ;
mise en place en Turquie de projets humanitaires en matière de santé, d’éducation, d’infrastructures et d’alimentation, financés à hauteur de trois milliards d’euros jusqu’à la fin de 2018 
sécurisation par la Turquie de sa zone frontalière avec la Syrie afin d’offrir aux populations locales et aux réfugiés des conditions de vie plus sûres ;
renforcement des moyens humains et matériels en Grèce.

La contre-partie de cet accord serait la concrétisation d’un vieux rêve pour les autorités turques : la libre circulation des personnes par la libéralisation du régime des visas. Sa frontière avec la Syrie est incontestablement devenue un atout politique dont la Turquie entend tirer avantage. Parallèlement, la Commission européenne a émis, le 4 mai 2016, une proposition de renforcement du mécanisme européen de suspension de visas [64] permettant de réintroduire temporairement l’obligation de visa pour les ressortissants de pays tiers. Ce mécanisme de suspension avait été introduit le 11 décembre 2013. Il peut être déclenché par un État membre « confronté, depuis plus de six mois, à des circonstances l’ayant conduit à une situation d’urgence, [...] augmentation substantielle et soudaine du nombre de nationaux d’un État tiers en situation irrégulière, rejet des procédures de retour soumises par un État membre à l’État tiers en question » [65]. Dans ce texte, la Commission européenne propose notamment d’en faciliter le déclenchement par la réduction de la période de référence et l’exigence pour un État membre d’être dans une « situation d’urgence ». Désormais, l’article 1§2 Regulation (EC) nº539/2001 autorise l’application de ce mécanisme dès lors qu’un pays membre est « confronté depuis plus de deux mois [...] à une augmentation substantielle et soudaine du nombre de nationaux d’un État tiers en situation irrégulière, à un rejet des procédures de retour soumises par un État membre à l’État tiers en question » [66]. En Turquie, la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016 contre le président Recep Tayyip Erdogan et ses répercussions doivent inviter à la prudence. S’il est incontestable que la recherche de profondeur stratégique, aux fins de consolidation des frontières, est cruciale. Il convient cependant de mesurer l’impact des solutions politiques afin de ne pas générer d’autres vulnérabilités pour la sécurité des territoires et des populations. Rappelons-nous que la Turquie se trouve aux portes de zones particulièrement instables, sources de menaces majeures pour l’espace Schengen et plus largement pour toute l’Europe.

La consolidation de la paix et la prévention des conflits exigent l’intervention de la communauté internationale. S’engager n’est pas simplement un devoir moral, mais c’est aussi faire preuve de réalisme car les tensions sont contagieuses aux États de la région et bien au-delà. Mais quel est l’instrument de cet engagement ? A cette interrogation, il est naturel de répondre, l’Organisation des Nations Unies (O.N.U.) : vecteur de promotion du droit international, des droits de l’homme et de la sécurité internationale. Mais, décriée pour son immobilisme, l’O.N.U. doit se réformer pour peser davantage sur la résolution des conflits inter et infra-étatiques. Avec pour responsabilité le maintien de la paix, le Conseil de Sécurité cristallise toutes les attentions, représentativité et droit de veto constituant les principales pierres d’achoppement d’une réforme que de nombreux pays appellent de leurs vœux, au premier rang desquels figurent le Brésil, l’Allemagne et le Japon. Au-delà de ces réflexions organisationnelles, la complexité des crises contemporaines milite pour une implication plus prononcée des organisations régionales (Union africaine, etc). 
Le Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies en fournit d’ailleurs le fondement juridique. L’article 52 prévoit la participation d’accords ou d’organismes régionaux dans le règlement pacifique des différends. L’article 53, de son côté, permet à ces accords de prendre des mesures coercitives, mais seulement avec l’autorisation explicite du Conseil de sécurité. L’échelle régionale pourrait constituer ce nouvel élan dont la gouvernance mondiale a besoin pour sortir de ce déficit de crédibilité et de légitimité dont elle souffre actuellement.

Sur le théâtre irako-syrien, depuis le 1 janvier 2016, l’État Islamique recule. C’est un fait, le califat est sur le point de céder ses bastions de Raqqa et de Mossoul. Militairement sur la défensive, l’organisation djihadiste multiplie les attentats (Belgique, Turquie, France, Allemagne, etc) pour continuer à exister sur la scène internationale.

Or, cette « défaite » doit être relativisée d’une part parce que cette idéologie terroriste islamiste a l’éternité devant elle, s’inscrivant dans le temps long de l’histoire par opposition au court-termisme de nos politiques occidentales. D’autre part, parce qu’une fois défait, Daesh a, dors et déjà, planifié son retour à la clandestinité. L’engagement diplomatique, humanitaire et militaire de la communauté internationale devra donc se concevoir sur le long terme. Dans le cadre de cette stratégie de lutte contre le terrorisme, le renforcement des capacités de renseignement s’avérera crucial pour mieux connaître notre ennemi et anticiper ses assauts sur nos territoires et nos populations.

3.3 Une fonction « anticipation / connaissance » au cœur de la lutte contre le terrorisme

La fonction « anticipation / connaissance » recouvre le renseignement d’origine humaine, électromagnétique et d’imagerie (R.O.HUM., R.O.EM., R.O.IM.). Elle irrigue au quotidien l’action de lutte contre le terrorisme à l’intérieur du territoire et au-delà des frontières des États. Elle doit être coordonnée pour piloter une stratégie nationale du renseignement.

La France doit s’y engager encore davantage par la promotion des prérogatives du Coordonnateur National du Renseignement (C.N.R.) et en impulsant une culture de la coordination et de l’échange au sein d’une « communauté du renseignement » composée de deux services à compétence générale (direction générale de la sécurité extérieure, D.G.S.E. ; direction générale de la sécurité intérieure, D.G.S.I.) et de quatre services spécialisés (direction du renseignement militaire, D.R.M. ; direction du renseignement et de la sécurité de la défense, D.R.S.D. ; direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières, D.N.R.E.D. ; service de traitement du renseignement et d’action contre les services financiers clandestins, TR.AC.FIN.). 
Aux États-Unis, la formalisation de la « United States Intelligence Community » date du 4 décembre 1981 (présidence Reagan). Fédérant actuellement dix-sept agences, dont la Central Intelligence Agency (C.I.A.), le Federal Bureau of Investigation (F.B.I.), la National Security Agency (N.S.A.), la Drug Enforcement Administration (D.E.A.), elle constitue un système intégré d’analyse du renseignement permettant l’action libre et souveraine du politique.

La connaissance précise de la menace est primordiale. 
En saisir la nature exacte, en saisir les modes d’action, en saisir les modes d’infiltration sur les territoires des États, tout ceci doit structurer l’orientation et le recueil du renseignement. A cet égard, il est éclairant de noter que le rapport conjoint, rendu en mai 2016 par Europol et Interpol, mentionnait très clairement un risque de jour en jour plus élevé de voir des combattants terroristes étrangers utiliser les flux d’immigration pour pénétrer en Europe [67]. Dans son rapport annuel de 2014, l’agence européenne Frontex pointait déjà une telle menace pour la sécurité intérieure des États membres [68]. Le 18 juillet 2016, dans un train, à Würtzburg en Bavière, un individu blesse à la hache et au couteau cinq personnes. Se faisant passer pour un réfugié afghan lors de son entrée sur le territoire pour obtenir l’asile, l’auteur de l’attaque, un pakistanais, vraisemblablement de l’ethnie pachtoune, s’est déclaré être « un soldat de l’État Islamique », organisation ayant revendiqué cet attentat par le biais de son agence de communication Amaq.

Le 24 juillet 2016, sur la commune d’Ansbach (Allemagne), un réfugié syrien, se réclamant de l’État Islamique et ayant transité par la Bulgarie se fait exploser. Dans un communiqué de presse publié dès le lendemain par Amaq, il est précisé que « l’individu ayant perpétré l’attentat suicide à Ansbach, en Allemagne, était un soldat de l’État Islamique qui a exécuté l’opération en réponse aux appels visant à cibler les nations de la coalition luttant contre l’État Islamique ».

Pour mémoire, Amaq est l’organe de propagande de l’organisation djihadiste État Islamique. Cette agence de communication naît, en août 2014, lors de la bataille de Kobané où elle diffuse alors les images des combats. Par la suite, elle continue de publier, sous forme de dépêches, les campagnes militaires et les attentats menés par Daesh.

A l’instar de toutes les entreprises, les groupes terroristes tels qu’Al Qaida ou l’État Islamique communiquent par la production d’une abondante « littérature » islamiste dont Inspire et Dabiq, deux magazines publiés en ligne, en sont les parfaites illustrations. Pourquoi doit-on lire ces revues ? Tout simplement parce que cette communication est un vecteur de connaissance de ces organisations, de leur politique, de leurs objectifs et de leur stratégie militaire sur les territoires qu’elles occupent, qu’elles revendiquent et qu’elles souhaitent soumettre. Y sont décrits les attentats et leurs répercussions économiques. Y sont décortiqués les modes d’action utilisés par les combattants et les forces de l’ordre. De véritables retours d’expérience pour les futurs partisans de la cause sont réalisés, en mettant en avant les axes d’amélioration pour tuer plus et mieux. De véritables manuels de conseils tactiques et pratiques pour apprentis djihadistes ! Dans son numéro 12, intitulé « Shattered : a story about change » (Anéanti, l’histoire d’un changement), publié au printemps 2014, Inspire explique d’ailleurs avec précision les étapes de la conception d’un véhicule piégé (nature de l’explosif, circuit électrique, etc) ainsi que le moment opportun pour le mettre en œuvre. De son côté, Dabiq, dans ses numéros 4 (octobre 2014) et 15 (juillet 2016), titrant respectivement sur « La croisade manquée » et « Briser la croix », se consacre à la haine contre les chrétiens en mettant à la une, une représentation du Vatican surmontée du drapeau noir de Daesh et une photographie d’un djihadiste remplaçant la croix surplombant le clocher d’une église par ce même étendard. Après l’assassinat du père Jacques Hamel, égorgé le 26 juillet 2016 lors de la célébration d’une messe, l’organisation terroriste rappelait, par six arguments, « pourquoi nous vous haïssons et pourquoi nous vous combattons [...], parce que nous [les occidentaux] sommes des non-croyants rejetant Allah [...], parce que nous sommes une société libérale et séculaire [...], pour notre athéisme [...], pour nos crimes contre l’islam [...], pour nos crimes contre les musulmans [...] et pour avoir envahi nos territoires » [69]. Depuis la proclamation du califat islamique, le 29 juin 2014, par Abou Bakr Al-Baghdadi, frapper la communauté chrétienne au Proche-Orient (chaldéens d’Irak, maronites de Syrie, etc) et dans les pays occidentaux (France, etc) est un des objectifs, sinon l’objectif stratégique majeur de l’État Islamique [70].

En septembre 2014, Abou Mohammed Al-Dhani, « ministre des attentats » et porte parole de l’État Islamique (E.I.), tué lors d’une frappe aérienne de la coalition le 30 août 2016, ordonnait à tous les combattants du califat d’utiliser tous les moyens disponibles pour frapper l’Occident : « si vous ne pouvez pas faire sauter une bombe ou tirer une balle, débrouillez vous pour vous retrouver seul avec un infidèle français ou américain et fracassez-lui le crâne avec une pierre, tuez-le à coups de couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le d’une falaise, étranglez-le, empoisonnez-le. Que l’infidèle soit combattant ou civil est sans importance. Leur sentence est la même : ce sont tous deux des ennemis. Leur sang est permis » [71]. A la lumière des moyens utilisés lors de l’attentat de Nice du 14 juillet 2016 (un camion), comprendre la stratégie des organisations terroristes est, pour la communauté du renseignement, plus que pertinent. Cette compréhension est vitale pour la sécurité des populations et des territoires, elle doit constituer le fil d’Ariane de la recherche du renseignement qu’il soit humain, électronique ou d’imagerie.

A ce titre, le P.N.R. (Passenger Name Record) participe à la nécessaire anticipation des menaces en ce qu’il permet aux États de disposer, avant le départ d’un avion ou d’un bateau, de toutes les données personnelles des voyageurs, collectées par les compagnies aériennes et les agences de voyage. Le paiement a-t-il été effectué en liquide ? Le client voyage-t-il avec des bagages ? Le nombre de bagages pour le trajet aller est-il similaire au vol retour ? Quelle est l’identité du voyageur ? Est-il placé à côté ou à proximité d’une personne signalée ? A-t-il demandé à être assis à côté d’une issue de secours ? Etc... En somme, tout un ensemble d’informations indispensable pour identifier la présence d’individus potentiellement dangereux pour la sécurité du territoire. En France, la loi nº 2016-816 du 20 juin 2016 (codifiée à l’article L.232-7 du code de la sécurité intérieure) impose « pour les besoins de la prévention et de la constatation des actes de terrorisme, des infractions mentionnées à l’article 695-23 du code de procédure pénale et des atteintes aux intérêts fondamentaux de la Nation, du rassemblement des preuves de ces infractions et de ces atteintes ainsi que de la recherche de leurs auteurs [...], aux transporteurs aériens et maritimes et aux opérateurs de voyage ou de séjour de recueillir et de transmettre les données d’enregistrement relatives aux passagers des déplacements à destination et en provenance du territoire national, à l’exception des déplacements reliant deux points de la France métropolitaine ». Ce P.N.R. constitue le prolongement du dispositif européen A.P.I.S. (Advance Passenger Information System), issu de la directive 2004/82/CE du 29 avril 2004 du Conseil européen concernant l’obligation pour les transporteurs de communiquer les données relatives aux passagers. Adoptée dans le cadre de la lutte contre l’immigration clandestine et de l’amélioration des contrôles aux frontières, cette directive impose que les États membres prennent les mesures nécessaires afin d’établir l’obligation, pour les transporteurs aériens, de transmettre, avant la fin de l’enregistrement, à la demande des autorités chargées du contrôle des personnes aux frontières extérieures, les renseignements relatifs aux passagers qu’ils vont transporter vers un point de passage frontalier par lequel ces personnes entreront sur le territoire d’un État membre. Le 2° paragraphe de l’article 3 de la dite directive en énumère les données : « le numéro et le type du document de voyage utilisé, la nationalité, le nom complet, la date de naissance, le point de passage frontalier utilisé pour entrer sur le territoire des États membres, le code de transport, les heures de départ et d’arrivée du transport, le nombre total des personnes transportées et le point d’embarquement initial ». Ces donnés P.N.R. / A.P.I.S. peuvent ensuite être consultées par la police et la gendarmerie nationale, les douanes et les services de renseignement et comparées avec le F.P.R. (Fichier de Personnes Recherchées), le S.I.S. II (Système d’Information Schengen II) et les différents fichiers d’Interpol.

Conclusion

Oui à un panoptique des frontières...

… mais un panoptique ancré dans la modernité, ne cédant pas aux sirènes de l’illusion théorique de sa capacité intrinsèque à l’auto-régulation des comportements transgressifs.

Oui à un panoptique des frontières...

… mais un panoptique à la fois innovant et éclairé plaçant l’évaluation de la performance des technologies de surveillance des frontières et leur acceptabilité comme la pierre de faîte de la maîtrise des dépenses publiques.

Oui à un panoptique des frontières...

… mais un panoptique lucide, conscient que la maîtrise des frontières nécessite une profondeur stratégique propre à traiter les causes des menaces pesant sur nos territoires.

Le XXIe siècle sera celui des frontières ou ne sera pas : terroristes, criminels, clandestins, réfugiés climatiques... seront autant de pressions pour les États-nations. Si la maîtrise des frontières aura un coût, elle n’aura pas de prix !

Soyons innovants, engageons-nous résolument, car la garantie de l’intangibilité et de l’inviolabilité de nos frontières est la condition sine qua none de la préservation de l’intégrité de nos territoires. La technologie fait partie de la solution mais ne succombons pas aux affres d’une analogie pure et dure. Il n’y pas « une » mais « des » frontières. 

Le contrôle frontalier restera toujours une dialectique des volontés. L’attractivité de la richesse poussera toujours les populations qui n’ont rien à se déplacer. L’opportunisme poussera toujours les criminels à contourner les lois pour s’enrichir et le fanatisme menacera toujours les démocraties.

Prenons donc garde à ne pas développer des outils qui resteraient sans effet sur l’inéluctabilité de la nature humaine : efficacité, coût, acceptabilité et profondeur stratégique doivent ainsi constituer des marqueurs forts du processus décisionnel.

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LA RUSSIE ET LA CHINE METTENT UN FREIN À L'OPTION MILITAIRE DE TRUMP AU VENEZUELA

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Face à l’intention des Etats-Unis d’intervenir au Venezuela et de contrôler le pays, se place le facteur des alliances avec la Chine et la Russie, puissances qui remettent en cause l’hégémonie étasunienne au niveau mondial.
Une investigation de Mision Verdad,
La Chine: une ceinture, une route
La Chine s’est proposé de réactiver la Route de la Soie, cette ancienne route commerciale qui s’étendit autrefois de la Chine à l’Occident sous l’Empire romain et par laquelle la soie orientale arriva pour la première fois en Europe. C’est par ce double couloir de commerce et de distribution de ressources énergétiques et de matières premières, que le président Xi Jinping cherche à rouvrir les canaux entre la Chine et l’Asie Centrale, le Moyen Orient et l’Europe.
L’Initiative « la Ceinture et la Route » (ICR) a été lancée en 2013. Elle englobera des routes terrestres (la Ceinture) et des routes maritimes (la Route) afin que le pays devienne moins dépendant du marché étasunien pour ses exportations et améliore ses relations commerciales dans la région, principalement à travers des investissements en infrastructure qui visent à renforcer le leadership économique chinois. La Chine prêtera à hauteur de 8000 milliards de dollars pour de l’infrastructure dans 68 pays, pour une population totale de 4400 millions d’habitants (65% de la population mondiale et un tiers du PIB mondial) et une part de 30% de l’économie mondiale. Cela représente 7 fois plus que le Plan Marshall des Etats-Unis pour reconstruire l’Europe après la Deuxième Guerre Mondiale.

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La Ceinture couvre six couloirs économiques: le Nouveau Pont Continental Euro-asiatique, le couloir Chine-Mongolie-Russie, le couloir Chine-Asie Centrale-Asie Occidentale, le couloir Chine-Péninsule Indochinoise, le couloir Chine-Pakistan et le couloir Bangladesh-Chine-Inde-Myanmar. Elle s’étendra également vers l’Amérique Latine par voie maritime.
Au-delà d’évacuer le surplus de produits, avec l’ICR, le gouvernement chinois envisage de déplacer les excédents manufacturiers moyennant la délocalisation industrielle vers les pays périphériques, le long des divers couloirs de l’Initiative. Par la fabrication de produits industriels de haut de gamme il parviendrait à commercialiser des trains à grande vitesse, des générateurs d’énergie et des équipements de télécommunications.
La Russie en réajustement géostratégique
De son côté, la Russie maintient une politique extérieure qui a été considérée comme « intelligente » par différents analystes et lui a permis de contourner une crise provoquée par le ralentissement économique, les sanctions de l’Occident et la chute des prix du pétrole. Sa stratégie est dirigée par la création de l’Union Economique Euro-asiatique qui réunit le Belarus, le Kazakhstan, le Kirghizistan et l’Arménie, dans l’intention de constituer un marché commun unique avec la libre circulation des marchandises, des services, du capital et des personnes, et, en outre, un espace doté d’une politique migratoire, éducative, englobant même l’information.
Après l’adhésion de la Crimée, la guerre à l’est de l’Ukraine et son engagement en Syrie, le Kremlin poursuit de multiples objectifs de stabilité interne et de présence internationale qui sont passés par la stabilisation de sa relation avec la Turquie, ce qui lui a aussi permis de consolider son influence dans la victoire contre les groupes terroristes en Syrie.
La Russie a réorienté ses alliances géopolitiques après que les Etats-Unis ont conçu et soutenu le renversement du gouvernement ukrainien de Viktor Ianoukovitch et installé un régime d’extrême droite dans le but de resserrer l’encerclement. Washington et ses agences ont pour cela dépensé 5 milliards de dollars dans le financement de « programmes de diffusion de valeurs et de formation politique » en Ukraine, ont fomenté une révolution orange avec la prise de la place de Maïdan et tout le processus de tensions bien connu qui déboucha sur les sanctions imposées à Moscou, aux côtés de l’Europe.
Un des objectifs de sa conception de la politique extérieure énoncée en Novembre 2016, est de renforcer la position de la Russie comme un pays prédominant dans le monde moderne et de retrouver son influence dans la stabilité et la sécurité du système démocratique mondial. Voici, parmi d’autres, quelques directions spécifiques:
  • Lutter contre la pression politique et économique des Etats-Unis et de leurs alliés, qui conduisent à la déstabilisation mondiale.
  • Poursuivre le travail conjoint avec l’Union Européenne (UE) qui reste pour la Russie un important partenaire politique et économique.
  • Maintenir l’objectif de stabilisation de la situation au Moyen Orient et en Afrique du
  • Nord.
  • S’opposer aux tentatives d’ingérence dans les affaires intérieures de la Russie afin d’obtenir des changements de pouvoir non constitutionnels.
  • Utiliser les nouvelles technologies pour renforcer la position des moyens de communication de la Russie à l’extérieur et accroître la sécurité informatique du pays.
  • Considérer le projet de construction d’un système de défense antiaérien des Etats-Unis comme une menace pour la sécurité nationale, ce qui donne à la Russie le droit de prendre les mesures de réponse nécessaires.
  • Considérer comme intolérable toute tentative de pression des Etats-Unis et réagir avec force à toute action hostile.
  • Construire des relations mutuellement bénéfiques avec les Etats-Unis.
  • Renforcer les liens de la Russie avec l’Amérique Latine et la Caraïbe.
A cause des sanctions occidentales, qui ont réduit l’accès des compagnies russes à la technologie, aux investissements et au crédit de l’Occident, ainsi qu’en raison de la chute du prix du pétrole, s’est développé un processus d’intégration économique et d’alignement politique qui servirait de contrepoids à l’UE , avec un espace économique qui ira de Saint-Pétersbourg à Shanghai.
Le bloc Chine-Russie gagne des espaces par une vision multipolaire
Les deux nations partagent de plus en plus les éléments d’une vision du monde pluri-polaire, elles privilégient l’importance de maintenir des Etats-nations forts qui jouissent d’une pleine liberté d’action au niveau international.
Elles partagent des critiques envers les gouvernements occidentaux et dénoncent ce qu’elles considèrent comme une couverture médiatique occidentale biaisée. Elles dénoncent aussi le financement étranger d’organisations non gouvernementales (ONG) et l’utilisation de techniques de mobilisation sur les réseaux sociaux pour fomenter l’instabilité. En 2011-2012, Poutine a rejeté sur les ONG parrainées par les Etats-Unis la responsabilité des manifestations de rue tenues à Moscou ; en 2014 Pékin a vu une main étrangère derrière le mouvement de protestation à Hong Kong.
Récemment le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a menacé la Chine de l’exclure du système international du dollar américain si elle n’appuie pas les nouvelles sanctions contre la Corée du Nord, ce qui a suscité chez l’analyste Paul Craig Roberts la réflexion suivante : « le Gouvernement des Etats-Unis, Etat en faillite, dont la dette dépasse les 20000 milliards de dollars, qui se voit obligé de créer de la monnaie pour acheter ses propres titres de créance, menace la deuxième plus forte économie mondiale, dont le pouvoir d’achat est supérieur à celui de l’économie des Etats-Unis « , et cela à partir du scénario prévu selon lequel une énorme quantité de transactions économiques sortiraient du système du dollar provoquant la réduction de son volume et de son importance.

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La Russie et la Chine achètent de plus en plus d’or pour soutenir leurs économies et faire face à la valeur artificielle du dollar pendant que les pays de l’axe asiatique commencent à réaliser des échanges commerciaux dans leurs propres monnaies, y compris pour le pétrole, coup sévère porté au pétrodollar.
L’Amérique latine à l’horizon
Des analystes affirment que l’existence même du groupement des Brics (Brésil, Russie, Chine, Inde et Afrique du Sud) favorise l’autonomie des Etats latino-américains au niveau international et élargit leur marge de manœuvre en politique extérieure. Il s’agit d’un groupe qui occupe 29% de la terre ferme de la planète (sans compter l’Antarctique), concentre 43% de la population mondiale et près de 27% du PIB mondial en termes de parité du pouvoir d’achat.
Au cours du sommet qui s’est tenu en septembre dernier, le bloc est convenu de créer la Nouvelle Banque de Développement, qui prévoit d’accorder des prêts à hauteur de 4 000 millions de dollars en 2018 tout en finançant des projets à moyen terme du secteur privé. Il a aussi été convenu de créer un fond d’obligations en devises nationales pour « contribuer à assurer la stabilité des investissements dans les pays du Brics, stimuler le développement de marchés obligataires nationaux et régionaux des pays du Brics, y compris l’augmentation de la participation du capital privé étranger et l’amélioration de la stabilité financière des pays du Brics « .

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De nombreux analystes affirment que si la Chine parvient à redessiner la carte du commerce mondial, elle créera des opportunités pour que les exportations latino-américaines trouvent de nouveaux débouchés en Asie. On parle également d’un câble de fibre optique Trans-Pacifique pour unir les deux régions, tandis que la Chine s’intéresse au financement de tunnels, routes et chemins de fer qui aideront à acheminer les produits des pays de la côte atlantique de l’Amérique Latine vers la Chine et vice-versa.
Le commerce et les investissements de la Chine en Amérique latine ont connu une croissance exponentielle depuis l’an 2000, les exportations de l’Amérique latine vers la Chine, après l’escalade des sanctions de 2014, ont augmenté de 5000 millions de dollars en 2000 à 120000 millions de dollars en 2012, de même qu’ont augmenté les importations depuis la Chine, générant une balance commerciale totale d’environ 230 000 millions de dollars par an. Pour plusieurs des principales économies de l’Amérique latine, comme le Brésil, l’Argentine, le Chili et le Pérou, la Chine a remplacé les Etats-Unis en tant que principal partenaire économique, mais non en tant qu’investisseur. Voilà un défi crucial pour l’hégémonie économique dont ont joui les Etats-Unis dans la région, depuis le déclin de l’empire britannique, fruit de la Seconde Guerre Mondiale.
La collaboration stratégique de la Russie avec le Brésil, en particulier dans le cadre des Brics, ainsi que la coopération avec l’Argentine, le Venezuela, Cuba, le Nicaragua et d’autres Etats de l’Amérique latine et de la Caraïbe, recherche des réponses aux nouveaux défis et menaces. L’incorporation d’entreprises russes dans les secteurs dynamiques de l’industrie, l’énergie, les communications et le transport dans les pays de la zone s’est vue accompagnée de la consolidation des liens à travers la Communauté des Etats Latino-américains et Caribéens (Celac).
La relation de la Russie avec les partenaires latino-américains (en particulier l’Argentine, le Brésil, le Chili, l’Uruguay et l’Equateur) a franchi un nouveau pas après l’escalade des sanctions de 2014, qui limitaient l’importation de produits alimentaires en provenance de l’UE, des Etats-Unis, du Canada, de l’Australie et de la Norvège. La Russie les a remplacés par des livraisons venues de l’Amérique latine et a mis en route la mission de rendre leur économie plus compétitive et plus diversifiée en accordant un plus fort appui au développement de leur économie agricole.
Le commerce estimé de la Russie avec l’Amérique latine et la Caraïbe s’est élevé à 24000 millions de dollars en 2013 tandis que la Chine continue à détrôner d’autres concurrents étrangers, par le biais de fusions et rachats qui ont atteint 102200 millions de dollars investis par la Banque de développement de Chine (CDB) et la Banque Chinoise d’import-export (Chexim) entre 2005 et 2013.
Il faut souligner qu’aucun des pays de la dite Alliance du Pacifique, bloc commercial latino-américain qui inclut actuellement le Chili, la Colombie, le Mexique et le Pérou, n’a pris la décision, en son temps, de rompre les relations avec la Chine, alors même que ce bloc apparaissait comme un partenaire proche des Etats-Unis et du Canada. Ses membres (moins la Colombie) figuraient parmi les pays désireux d’établir le Partenariat Trans-Pacifique (TPP) annulé par Trump en janvier dernier.
Comme elle compte peu de positions dans le Pacifique en raison de la barrière de contention géographique que représentent le Japon, Taiwan, l’Indonésie et d’autres lieux contrôlés par les USA, la logique d’expansion chinoise est orientée vers le Pacifique sud.
La dissuasion au Venezuela
Le Venezuela est la première destination latino-américaine des investissements chinois. Depuis 2001, se sont développés quelques 800 projets de coopération qui ont permis le développement de secteurs aussi stratégiques que l’énergie, le pétrole, l’éducation, la santé, la technologie, le commerce, l’agro-industrie, l’agriculture, l’infrastructure, l’industrie, la culture et le sport. En 2013, le commerce bilatéral avait été multiplié par 13714, passant de 1,4 million de dollars en 1974 à 19 200 millions de dollars.
La Russie dispose d’importants investissements dans la Ceinture Pétrolifère de l’Orénoque au travers de l’entreprise Rosneft qui ont été consolidés et seront augmentés après la rencontre à Moscou des présidents Poutine et Maduro début octobre. La coopération agricole également devrait augmenter, au moyen de la mise en route d’usines de transformation de denrées alimentaires de haute technologie.
La coopération militaire engage plus de 11000 millions de dollars dans divers systèmes de missiles, de défense, sol-sol, sol-air, des systèmes d’artillerie, défense antiaérienne, fusils, hélicoptères, avions de combat et équipement logistique. L’échange commercial entre les deux pays a connu son apogée en 2013, lorsqu’il atteignit 2 450 millions de dollars.

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En mai 2013 un accord de confidentialité permit à Rosneft d’obtenir des données géologiques sur les blocs pétrolifères en mer du Venezuela pour leur possible future exploitation, dans la claire intention de protéger les intérêts commerciaux chinois et d’assurer l’accès russe aux futurs gisements de pétrole et de gaz au Venezuela.
La Chine et la Russie déjouent l’intérêt qu’ont les Etats-Unis à intervenir d’une manière plus décisive dans la politique vénézuélienne car les alliances passées par le pays caribéen sont vitales pour leurs objectifs géostratégiques. Les déclarations depuis Moscou et Pékin à chaque agression réalisée par les Etats-Unis ces dernières années, ont été claires. Les deux gouvernements ont appelé à la résolution souveraine des conflits et à la non-ingérence, car les sanctions imposées par l’Administration Trump représentent une attaque directe aux alliances passées avec le pays sud-américain. D’où précisément leur appui à une résolution des conflits au Venezuela par la voie des élections, sous l’autorité de l’Etat vénézuélien et de son institution électorale, objet des attaques, le CNE.
Une partie du conflit global se déroule sur un territoire local, ce qui permet au Venezuela, dans les reconfigurations des dynamiques géopolitiques, de jouer un rôle décisif en faveur du multipolaire comme recherche d’un équilibre politique global qui lui permette d’exercer son droit à exister de manière souveraine.

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30 octobre 2017

VLADIMIR POUTINE : SOROS MÈNE LES ETATS-UNIS À LA GUERRE CIVILE

Image du Groupe @deboutciv

 

Lors d’une réunion au Kremlin Vladimir Poutine a déclaré que Georges Soros utilise ses réseaux d’agitateurs pour provoquer des troubles aux Etats-Unis: « Ne vous y trompez pas, son but final est la révolution puis la guerre civile. Aux Etats-Unis Soros utilise la même tactique qu’il utilise partout et toujours… Georges Soros est un pyromane notoire, les allumettes dans la poche, et jette de l’huile sur chaque foyer ».

«Не ошибитесь в своих оценках. Его эндшпиль – это революция с переходом к гражданской войне. В Америке Сорос использует ту же самую тактику, которую он использует всегда и везде… Джордж Сорос – известный пироманьяк со спичками в заднем кармане, поливающий бензином каждый костер».

Vladimir Poutine avait déjà envoyé des signaux aux « simples » américains, leur recommandant de ne pas suivre Soros et de rester hors de portée de ses médias, faute de quoi ils risqueraient de perdre leur pays, confisqué par les globalistes.

En tant que financier, il faut admettre que Soros est extrêmement performant. Mais il y a un autre aspect qui le suit constamment, dans lequel il utilise les mêmes tactiques que dans le domaine financier, se servant de la démocratie comme d’un instrument, s’ingérant dans les domaines politiques et finalement tentant de renverser les pouvoirs en place dans des pays souverains.

L’an dernier la Russie a banni les organisations de Soros en les déclarant « menaces pour la sécurité nationale », tenant compte du fait que depuis 1990 Soros a utilisé ses moyens et son influence pour tenter, sans succès aucun, de déclencher des troubles en Russie. Aujourd’hui Vladimir Poutine met clairement en garde que Soros utilise les mêmes tactiques aux Etats-Unis.

Путин предупреждает Америку

source:https://rusreinfo.ru/fr/2017/08/vladimir-poutine-soros-mene-les-etats-unis-a-la-guerre-civile/



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17 octobre 2017

AVANT D'EXIGER A LA FRANCE LA LIBÉRATION DE L'AFRIQUE, AIDONS LA PLUTÔT A S'AFFRANCHIR DU PLAN MARSHALL.

Macron

 

De Yvann Murphy
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POUR COMPRENDRE LE COMBAT DE MACRON, IL FAUT NÉCESSAIREMENT COMPRENDRE CE QUE VOULAIT DIRE LA VEUVE DANIELLE MITTERRAND QUAND ELLE AVOUAIT QUE LE CHEF DE L'ETAT N'A PAS LE POUVOIR...

 

 

 

 

La veuve de l’ancien président socialiste avait été admise vendredi à l’hôpital Georges-Pompidou, pour des problèmes d’insuffisance respiratoire, problèmes dont elle souffrait depuis plusieurs mois. Placée en coma artificiel dimanche, elle était depuis dans un état « stationnaire ». Danielle Mitterrand était « très fatiguée » depuis plusieurs mois, mais était apparue en public le 21 octobre à l’anniversaire des 25 ans de sa fondation. Elle est décédée le 22 novembre 2011.

Danielle Mitterrand sera inhumée à Cluny en Saône-et-Loire où se trouve sa maison familiale, selon sa fondation. C’est aussi là qu’elle rencontra le capitaine Morland, alias François Mitterrand, qui repose à Jarnac.
D’une manière générale, les socialistes cherchent à maquiller les rapports qu’ils nourrissent officieusement avec les puissances d’argent. Les Mitterrand pensaient que leur arrivée au pouvoir, en mai 1981, leur permettrait de réaliser le « paradis » sur terre. Comme tous les hommes politiques parvenus au « sommet du pouvoir », François Mitterrand a vite déchanté. Il a compris que le VERITABLE POUVOIR n’appartient pas au chef de l’État.

Confidences de Danielle Mitterrand sur le POUVOIR
« Mai 1981 fut un mois de grande activité, car c’était la préparation de l’arrivée au pouvoir de François. J’essayais d’apporter tout ce qu’il y a de meilleur en moi, pour que ce rêve d’avoir une société socialiste, quoique à l’européenne, devienne réalité. Mais bien vite j’ai commencé à voir que cette France juste et équitable ne pouvait pas s’établir. Alors je demandais à François : ‘‘Pourquoi maintenant que tu en as le pouvoir ne fais-tu pas ce que tu avais promis ?’’ Il me répondait qu’il n’avait pas le pouvoir d’affronter la Banque mondiale, le capitalisme, le néolibéralisme. Qu’il avait gagné un gouvernement mais non pas le pouvoir. J’appris ainsi qu’être le gouvernement, être président, ne sert pas à grand-chose dans ces sociétés sujettes, soumises au capitalisme. J’ai vécu l’expérience directement durant quatorze ans. Même s’il essayait d’éviter le côté le plus négatif du capitalisme, les rêves ont commencé à se briser très rapidement. […]
[…] Durant la célébration du Bicentenaire de la Déclaration des droits de l’Homme – juillet 1989 – j’ai pu voir jusqu’à quel point nous étions soumis aux Etats-Unis. L’État français n’invita pas plusieurs dignitaires, en particulier des Latino-Américains. Comme par hasard, c’était ces pays-là que Washington voulait détruire. […] Je me rappelle avoir dit à François : ‘‘Jusqu’à quel point allons-nous être dépendants de l’humeur des Etats-Unis, ne pas pouvoir choisir nos invités pour nos festivités… ?’’ Ce fut une honte. […]
En France, on élit et les élus font des lois qu’ils n’ont jamais proposées et dont nous n’avons jamais voulu. […] La France est-elle une démocratie ? Une puissance mondiale ? Je le dis en tant que Française : cela ne veut rien dire ».

À la suite de l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République, en 1981, François Hollande devient chargé de mission pour l'Élysée donc au cœur de ce qui se tramait en ce lieu hautement stratégique.
On se souvient dès son élection le 6 mai 2012, François Hollande avait voulu appliquer ses promesses de campagnes dont l’une concernait la Françafrique dont il voulait répudier les miasmes. C’était comme s’il venait de déclarer la guerre contre un système qui depuis la fin de la deuxième guerre mondiale s’est emparé de la France et à travers elle, ses colonies aussi. Il a été depuis ce jour, l’objet d’une guerre interne entre lui et le premier secrétaire de son parti Jean Christophe Cambadélis et le président de l’assemblée nationale Claude Bartolone, sans oublier les jeunes loups du Ps parmi lesquels on peut noter Arnaud Montebourg et Benoit Hammond rejoints plus tard par le ministre de l’intérieur Manuel Valls. 
C’est face a tous ces courants de convections qui empêchaient l’homme de diriger, François Hollande a décidé de réitérer son vœu pour 2014 : celui de gouverner par ordonnance et décret.
Et comme vous l’aviez constaté, François Hollande en proie à une guerre fratricide dans son propre camp, il a été obligé de ne pas se présenter a sa propre succession, une première dans le monde.
François Hollande en fin stratège, fait un bilan positif de son action et décide de ne pas se présenter à sa propre succession. Laissant aux prétendants le soin de prouver qu'ils sont capables de rassembler la gauche tout en reprenant sa liberté. 
Bilan des courses, on a une gauche décimée et une droite larmoyante et le tout pour ouvrir un grand boulevard à son fils spirituel Emmanuel Macron qui a beaucoup appris de son père pour en tirer bonnes leçons.
Pour la gouverne, François Hollande est le seul président qui a cassé le mythe de la gestion du pouvoir entre gauche et droite, deux partis traditionnels liés à une histoire de la tragédie française dont parlait la défunte épouse de feu François Mitterrand : LE VERITABLE POUVOIR n’appartient pas au chef de l’État.
LE COUP D’ETAT MACRON

François Fillon n’avait peut-être pas eu tort lorsqu’il parlait d’un "cabinet noir" à l'Élysée…
Ils ont voulu se débarrasser de lui, et lui, il s’en est très bien sorti. Il s’agit bien de François Hollande, un vrai fin stratège qui de bout en bout s’est débarrassé des bouillets qu’il trainait au pied dans ses différents gouvernements qui devaient répondre absolument à des accords secrets.
François Hollande a fini par se faire entourer par des hommes de confiance afin de mieux préparer les présidentielles auxquelles lui-même ne participerait pas.
Cette a préparé minutieusement ce qu’il faut bien appeler un coup d’État. Il s’agit pour François Hollande de pérenniser, coûte que coûte, la politique qu’il avait engagée et à cause de laquelle il a été l’homme à abattre. 
Les commanditaires de ce coup de maitre sont, François Hollande lui-même et son homme de confiance, Jean-Pierre Jouyet, Secrétaire général de l’Élysée. Ce sont ces deux qui sont à l’origine du projet qu’il faut bien définir comme un véritable coup d’État.

Hollande et Jouyet sont amis depuis 35 ans, des bancs de l’ENA jusqu’à l’Élysée. Les deux hommes se rencontrent à l’âge de 23 ans. Ils effectuent leur service militaire ensemble, à Coëtquidan, où ils partagent leur chambre avec Michel Sapin. Les trois jeunes hommes se lient d’une forte amitié qu’ils entretiennent sur les bancs de l’ENA (promotion Voltaire). Hollande déborde d’initiatives, et souvent, Jouyet accepte de le seconder dans ses projets. À la sortie de l’ENA, lors des affectations, François Hollande, classé 8e, laisse le dernier poste accessible à l’Inspection générale des Finances à Jean-Pierre Jouyet.

Leur amitié n’a jamais été mise à mal. Quand en 2014, Jouyet prend les fonctions de Secrétaire général de l’Élysée, il déclare : « Je suis là pour le servir, pas pour le gêner. Je l’ai gêné une fois, cela n’arrivera plus ». La gêne dont parle Jouyet, c’est quand il a accepté d’entrer dans le gouvernement de François Fillon, au poste de secrétaire d’État chargé des Affaires européennes. François Hollande l’aurait très mal pris.

Hollande et Jouyet sont loin d’être des tendres. Ils connaissent les rouages, les stratégies, les us et coutumes, les trahisons et les fidélités de la vie politique. Médias et journalistes, instruments de leurs stratégies politiques, sont l’objet de manipulations constantes difficiles à déjouer, tant leur connivence est forte avec le pouvoir. Pour eux, ce n’est pas l’économie qui est en crise, mais le système politique.
François Hollande et Manuel Valls sont rejetés par l’opinion publique. Pour rester au pouvoir, Jouyet a la solution : c’est Emmanuel Macron !
Jeune et avenant, une tête bien faite, cursus parfait, bien conditionné sous la férule de Jouyet et d’Attali, faisant consensus chez les patrons des multinationales et de la finance mondiale, inculte politiquement et donc facilement contrôlable, un tantinet imbu de sa personne, il est le candidat idéal pour le coup de force. Sa feuille de route est rédigée : appliquer une politique européenne libérale et atlantiste en matérialisant une alliance gauche/droite, poursuivre la politique économique engagée et l’inscrire durablement dans l’avenir du pays en créant un grand parti démocrate et « progressiste », à l’issue des élections. Gageons qu’il n’a pas fallu longtemps pour convaincre Macron.
Ce fut un peu plus difficile pour Hollande. Mais après l’avoir rassuré, Jouyet met Macron sur les rails très vite. Il lui conseille de créer un mouvement plutôt qu’un parti car « compte tenu de l’ambiance, c’est préférable » …
Et Valls ? Il est mort politiquement. Hollande le sait. Sa mission est alors de représenter un courant libéral à la primaire de la gauche pour calmer les libéraux du parti et éviter de voir Macron participer à la compétition. Si ce dernier se présentait à la primaire, il serait battu et anéantirait, du même coup, les chances de réussite du projet.

Hollande et son ami sont conscients de l’état d’esprit des militants socialistes, et du désamour profond qui règne à l’égard de la politique gouvernementale. Hamon est celui qui cristallise l’aile gauche du PS et qui peut empêcher le « populisme » de gauche de progresser en le divisant. En langage clair : il s’agit de contenir Mélenchon dans son pré-carré.

Hamon est élu candidat. Les soutiens de Valls rejoignant le camp Macron, le PS sera réduit à sa plus simple expression et ne servira, à l’avenir, qu’à entretenir la division parmi les tenants de la gauche de transformation sociale.

À droite, c’est Fillon qui sort vainqueur. Une « bonne âme » téléphone au Canard Enchaîné. On connaît la suite. L’affaire est réglée. Les conservateurs sont hors champs.

Reste l’extrême-droite. Depuis Mitterrand, les socialistes savent s’en servir. Il faut tout faire pour que Marine Le Pen atteigne des sommets. “On” fait ce qu’il faut.

Les socialistes et les « populistes » de gauche neutralisés, les conservateurs anesthésiés, une confrontation Le Pen/Macron est ainsi probable. Une fois encore, le réflexe républicain écartera l’extrême-droite… C’est boulevard et tapis rouge pour Macron.
Ne soyez pas surpris, si vous entendez Jean Christophe dire qu’il quitte la tête du parti socialiste, si Claude Bartolone décidé de se retirer de la politique et un Valls qui cherche a s’accrocher en reconnaissant publiquement que le parti socialiste est mort.
Les chaines de la domination américaine sur la France sont en train de se couper, parce que ce nouveau parti en marche n’a pas de compte à rendre à qui que ce soit.
Quand j’entends dire que la France doit libérer l’Afrique, je suis profondément touché parce que beaucoup ne comprennent pas que c’est les USA qui tiennent la France et donc l’arrivée de Donald Trump et celle de la Republique en marche en France, vont bien dans le sens de cette libération que veut cette France dont parlait feu Mitterrand.
Je peux dire à mes concitoyens de laisser la France se libérer et de sa libération viendra celle des états africains.
Les scoops balancés sans arrêt par Mediapart sont bien l’œuvre du vrai chef de l’état François Hollande qui n’a pas encore terminé sa guerre contre ceux qui empêchent la France d’avoir sa souveraineté.
N’est-ce pas ce même François Hollande qui a permis la vente du livre Pour la justice et la vérité du président Gbagbo Laurent écrit par François Mattei dans tous les grands espaces en France ?
Bref, revenons au discours de Macron “Je ne suis pas arrogant” et “je fais et dis ce que je veux”. Deux extraits de la longue interview accordée par Emmanuel Macron à Der Spiegel s’affichent à la une de l’hebdomadaire allemand, allemand, avec le visage du président français en pleine page. 
Dans cet entretien publié samedi 14 octobre, la veille de son interview à la télévision française TF1, le chef d’État, dont la parole est rare dans les médias, revient sur ses premiers mois à l’Élysée, et sa vision pour l’Europe et la France.
Pour Macron la France vit une “révolution culturelle” l’une des conséquences de la crise civilisationnelle que vit le monde actuellement.
A travers cette sortie, le nouveau chef d’état Emmanuel Macron s’adresse a une certaine classe politique et un système et non au peuple français. Ce vieux système et ses représentants qui dirigeaient l’état français a travers son président sont aujourd’hui mis a rude épreuve avec ce jeune débordant d’Energie et intelligent a travers qui Hollande va finir par affranchir la France. 
Restons donc mobilisés ce soir pour écouter le discours du président Emmanuel Macron pour mieux comprendre sa politique.



Deboutciv Deboutcotedivoire

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06 octobre 2017

N'EST-CE PAS LÀ UN DISCOURS QUI FERAIT DE LUI LE 3ème HOMME POUR LA PRÉSIDENTIELLE DE 2020 ?

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N'EST-CE PAS LÀ UN DISCOURS QUI RISQUE DE FAIRE DE LUI LE 3ème HOMME POUR LA PRÉSIDENTIELLE DE 2020 ?

De Yvann Murphy
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

CONCLUSION DU GL PHILIPPE MANGOU DEVANT LA COURS DE JUSTICE 
____________________________

Je vous remercie de m’avoir convié ici, pour me permettre de dire ma part de vérité à l’opinion nationale et internationale et également à la CPI. Le faisant monsieur le président j’ai tout simplement dit ce que j’ai fait, ce que j’ai vu, ce que j’ai entendu, ce que les uns et les autres ont fait et dit tout en appuyant bien sûr, sur le serment prêté ici même devant vous le 27 septembre 2017 mais aussi, tout en appuyant sur une parole forte de l’évangile : « tu ne mentiras point, tu ne diras point de faux témoignage contre ton prochain ».
Je l’ai fait monsieur le président non pas pour faire condamner qui ce soit, non, parce que la Côte d’Ivoire a besoin de tous ses enfants, je l’ai fait pour que la vérité soit sue de tous, pour que chacun puisse tirer profit de tout ce qui a été dit ici, afin que plus jamais, plus jamais, plus jamais, notre pays ne retombe dans les abîmes de l’histoire.
Je l’ai fait monsieur le président, sans contrainte, en toute liberté, et en évitant de me camoufler, parce que quelqu’un l’a souligné dans cette salle, quand on a rien fait on a pas peur de la justice, moi je dirai : « quand on a la vérité à dire, on ne se cache pas. »
Je voudrais avec votre autorisation, là ce n’est pas de la politique, avec votre autorisation et très respectueusement en me mettant sous votre couvert monsieur le président, demander pardon, au nom de toutes les forces de défense et de sécurité, que j’ai eu ainsi l’insigne honneur de commander, et en mon nom personnel, demander pardon dis-je donc à toute la communauté ivoirienne pour le désagrément que nous avons pu causer pendant la crise postélectorale, souhaiter nos sincères condoléances à toutes les familles qui ont perdu un être cher, et un prompt rétablissement à tous ceux qui sont blessés.
Je vais terminer là tout en demandant monsieur le président que Dieu vous bénisse, bénisse mesdames et messieurs les membres de la cour, bénisse le président Laurent Gbagbo et mon frère Charles Blé Goudé et demander au seigneur, monsieur le président, de vous inspirer pour que le moment venu, il puisse vous accorder la sagesse de Salomon.
Je vous remercie… Dieu aime la justice.

° Biographie
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Fils de pasteur, ayant reçu une éducation religieuse, il a été décoré « officier de l’ordre du mérite national », « médaillé or et argent de la défense Française » et « médaillé de la MICECI ».
Philippe Mangou est marié et père de six enfants. Élève au collège moderne du Plateau et au Lycée classique d'Abidjan, il obtient à l’Université de Cocody, le Diplôme d’étude universitaire général (DEUG II) en droit.
1978-2000
Le 1er octobre 1978, il fait son entrée dans l’armée ivoirienne. Il reçoit sa formation militaire à l’École des Forces armées (EFA) de Bouaké, puis intègre le Bataillon blindé (BB) d’Akouédo. En 1985, il est titulaire du cours de perfectionnement des officiers subalternes de l'Armée blindée de Cavalerie
Il va suivre, dans le cadre de sa formation en stratégie militaire, des stages en France, en 1980 à Saumur et en 1991, à l'état-major interarmées de Compiègne.
Affecté à l'Ecole des forces armées (EFA) de Bouaké en 1988, il exerce les fonctions de commandant de brigade.
Philippe Mangou sera muté à la Garde républicaine d’Abidjan à Treichville, en qualité de commandant en second du 1er bataillon blindé en 1991, autrefois rattachée à la Présidence de la République ; ce, jusqu’en 2000.
En 1992, il devient commandant puis lieutenant-colonel en 1999.
2000-2010
En 2000, il est appelé au cabinet du ministre d’État chargé de la Défense, Moïse Lida Kouassi.
En septembre 2002, lorsque la rébellion éclate, le lieutenant-colonel Mangou est nommé porte-parole des Forces armées de Côte d'Ivoire Ex (FANCI). Ensuite, le Général de Division Mathias Doué, lui confie le commandement du théâtre des opérations des FANCI, avec pour base Yamoussoukro. En janvier 2003, il est promu colonel.
Le 13 novembre 20042, il est nommé Chef d'Etat-Major des Armées (CEMA) par le président Laurent Gbagbo3. Il est le neuvième CEMA de l'histoire du pays. Il remplace le Général de division Mathias Doué qui a occupé le poste pendant 4 années.
Le 17 juin 2005, il est fait général de brigade et le 4 août 2007, général de division. Le 3 août 2010, il est nommé général de corps d'armée par Laurent Gbagbo5.
Crise politique 2010-2011
Article détaillé : Crise ivoirienne de 2010-2011.
En décembre 2010, il prête serment d'allégeance envers Laurent Gbagbo6, à l'issue de sa réélection contestée face à Alassane Ouattara.
Cette situation finit par déboucher sur une reprise des combats entre l'armée régulière ivoirienne et les forces pro-Ouattara. Ces dernières prenant rapidement le dessus, conquièrent le reste du pays en quelques jours. Abidjan étant encerclé le 31 mars 2011, Mangou se réfugie 
Alors à l'ambassade d'Afrique du Sud avec son épouse et son deuxième fils qu'il a eu avec son épouse actuelle, la fille de son épouse, son fils et sa nounou, et la nouvelle de sa défection se répand.
Cependant, une rencontre est organisée le 3 avril avec Laurent Gbagbo, et Philippe Mangou réintègre les rangs de l'Armée ivoirienne aux côtés de son mentor.
Néanmoins, le 12 avril, lendemain de l'arrestation de Laurent Gbagbo et de sa famille, il change de camp et fait allégeance au président élu selon la communauté internationale Alassane Ouattara.
Voyez-vous que cet homme a tout pour plaire à cette France dans sa recherche de du 3ème homme et se débarrasser de ceux qui ne cherchent qu’a se disputer au quotidien pendant la Côte d’Ivoire va à vau-l’eau. 

° N'EST-CE PAS LÀ UN DISCOURS QUI RISQUE DE FAIRE DE LUI LE 3ème HOMME POUR 2020 ?

Si nous ne sortons pas de nos batailles stériles au sein de notre famille politique, nous risquons de ne plus jamais revenir au pouvoir, je dis plus jamais !
Avec certitude, je peux affirmer que la classe politique ivoirienne est complètement au bout du rouleau, ce n’est seulement pas au sein du FPI qu’il y a des frictions, il y en au Pdci tout comme au Rdr où la situation est même peut-être chaotique.
Alassane Dramane peut donc se servir de cette instabilité des différents partis politiques pour demander un 3ème mandat afin de diriger ce pays pendant encore 5 ans de pouvoir pour ses 15 ans de pouvoir. 
Or les efforts de Ouattara pour avoir Macron à Abidjan à la 8e édition des jeux de la Francophonie, se sont soldés par un fiasco.
Et pourtant un lobbying hors de prix et fait à coup de milliards par l’équipe du président ivoirien pour tenter un rapprochement avec l’actuel occupant de l’Elysée démontre aisément que ce dernier qui dans son pays tente de couper tous liens avec l’ancienne classe politique dans un élan progressiste, préfère ne jamais s’acoquiner avec leurs réseaux françafricains. D’où la mise en place d’un Conseil présidentiel pour l’Afrique le 29 août 2017 lors de son discours devant les ambassadeurs.

A quoi sert le Conseil présidentiel pour l’Afrique d’Emmanuel Macron ?
Cette instance aura notamment pour objectif de faire des propositions nouvelles au président pour sa politique africaine. 
Là où habituellement, ce sont des officiels ou des grands patrons qui sont reçus, ce sont désormais des gens qui ne sont pas habitués à être au Quai d’Orsay, ou au contact des autorités françaises classiques que le président macron veut. C’est un grand changement qui est en train de s’opérer
Qui compose ce Conseil ?
Il réunit onze personnes, bénévoles, toutes de la société civile et issues pour beaucoup de la diaspora.
- Jean-Marc Adjovi-Boco (54 ans) ancien footballeur et entrepreneur franco-béninois.
- Jules-Armand Aniambossou (55 ans) ancien ambassadeur du Bénin en France, directeur général Afrique et outre-mer du groupe Duval.
- Diane Binder (37 ans) directrice adjointe française du développement international du groupe Suez. Elle a lancé Action Emploi Réfugiés (AERé), plate-forme mettant en relation des employeurs et des réfugiés à la recherche d’un travail en France.
- Yves-Justice Djimi (36 ans) avocat français.
- Liz Gomis (36 ans) journaliste et réalisatrice française.
- Jeremy Hajdenberg (43 ans) directeur général adjoint français d’Investisseurs et Partenaires.
- Yvonne Mburu (35 ans) chercheuse et consultante kényane en santé. 
- Vanessa Moungar (33 ans) directrice franco-tchadienne du département « Genre, femmes et société civile » à la Banque africaine de développement.
- Nomaza Nongqunga Coupez (36 ans) entrepreneuse sud-africaine dans la culture.
- Karim Sy (45 ans) entrepreneur franco-libano-malien dans le numérique, fondateur de Jokkolabs.
- Sarah Toumi, 30 ans, entrepreneuse franco-tunisienne.

Tous viennent d’environnements professionnels variés influents à travers un vaste réseau diplomatique entre la France, l’Europe et l’Afrique. 
Vu cette configuration, il est clair que Dramane n’aura aucune chance de faire l’unanimité au sein de cette nouvelle mouture, d’où la recherche d’une perle rare qui répondrait aux critères de choix de la nouvelle équipe de la cellule africaine du président Macron.
Doit-on rester là sans cesse en train de ressasser le passé pendant que le monde bouge à une grande vitesse comparable à celle de la lumière ?
Il est temps, vraiment grand temps de sortir de cette guerre fratricide faite de frustrations en et des attaques inutiles en permanence entre nous pour enfin trouver tout ce qui pourra nous réunir aux fins de faire face aux différents défis qui nous attendent. 
Réveillons-nous, main dans la main et comme une personne pour rebâtir ce pays la Côte d’Ivoire, notre chère Nation qui a assez souffert de la mort de ses enfants, de ses enfants encore en prison et bien sûr ceux qui se sont exilés.
Nous voulons une Côte d’Ivoire réconciliée et indivisible.
Car tout est possible, et cela dépend de nous…
Allons à l’union
Allons à la paix et nous seront plus que jamais forts que quiconque. 

Deboutciv Deboutcotedivoire avec Représentations diplomatiques des États-Unis Représentations diplomatiques de la Tanzanie Représentations diplomatiques de la France Représentations diplomatiques de l'Ukraine Représentations diplomatiques du Canada Représentations diplomatiques du Chili Représentations diplomatiques de la Russie Représentations diplomatiques du Royaume-Uni Représentations diplomatiques de Djibouti Représentations diplomatiques de Saint-Vincent-et-les-GrenadinesReprésentations diplomatiques d'HaïtiReprésentations diplomatiques de la BolivieReprésentations diplomatiques de la Jordanie RFISputnik France FRANCE 24 English FRANCE 2TV5MONDE TV5MONDE Sports TV5.ca Le journal Afrique sur TV5MONDE TV5Monde Afrique Africa24 TV AFRICA24MONDE AFRICA24 MAGAZINEAfrica 24 Le Monde diplomatique

 – avec Emile TanohDaligou Paulin BogaJean Claude Seba et21 autres personnes à Bangolo Tahouake, Man, Cote D'Ivoire.

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04 octobre 2017

MANGOU À LA CPI, UN TÉMOIN À CHARGES FAVORABLE AUX ACCUSÉS

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Mettons de côté nos émotions et analysons avec lucidité le témoignage de MANGOU.
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De Zago Paul Okou

Mettons de côté nos émotions et analysons avec lucidité le témoignage de MANGOU.
Dans ce procès hautement politique, il y a des chefs d'accusation qui ont été retenus contre les accusés. Les différents témoignages à charge devraient permettre à l'accusation d'enrichir son argumentation contre les accusés. Et de ce point de vue, je me réjouis de ce que MANGOU s'est catégoriquement opposé à l'accusation dont il est le témoin.
Il faut faire la différence, dans nos analyses, entre les chefs d'accusation contre Gbagbo et les lacunes dans sa gestion des affaires de l'État. Plusieurs n'arrivent pas à faire cette démarcation et cela leur donne l'impression que MANGOU enfonce Gbagbo. Alors pour eux, MANGOU est un traitre. Les gens ne s'imaginent pas la souffrance morale, psychologue qu'inflige le fait que des subalternes, parce qu'ils sont en contact directs avec le grand patron, s'autorisent des écarts de comportement, alors ils parlent et parlent.
MANGOU a souffert de la gestion approximative des affaires de l'Etat, mais surtout de l'entourage du PR Gbagbo et il le dénonce à sa manière, mais ce n'est pas ce que la CPI reproche à Gbagbo. Nous devrions donc nous réjouir du témoignage dé MANGOU.
Les avocats des accusés devraient donc travailler à confirmer davantage l'opposition entre MANGOU et le procureur dont il est le témoin. En clair, amener MANGOU a détruire tout l'édifice bâti par le procureur au lieu de chercher à discréditer tout le témoignage de MANGOU,
MANGOU fait découvrir toute la facette cachée d'une gestion populiste du pouvoir et c'est cela qui fait très mal à ceux qui croient naïvement que Gbagbo n'avait rien à se reprocher dans ce qui lui est arrivé.
MANGOU était l'espoir du procureur pour faire condamner Gbagbo, mais il s'est avéré la désillusion de l'accusation. Je m'en réjouis.

Deboutciv Deboutcotedivoire avec RFI Sputnik France Représentations diplomatiques des États-Unis Représentations diplomatiques de la TanzanieReprésentations diplomatiques de la FranceReprésentations diplomatiques de l'UkraineReprésentations diplomatiques du CanadaReprésentations diplomatiques du ChiliReprésentations diplomatiques de la RussieReprésentations diplomatiques du Royaume-UniReprésentations diplomatiques de DjiboutiReprésentations diplomatiques de Saint-Vincent-et-les-Grenadines Représentations diplomatiques d'Haïti Représentations diplomatiques du Saint-Siège Représentations diplomatiques de la BolivieReprésentations diplomatiques de la JordanieFRANCE 24 FRANCE 2

 – avec Coeur de Lion,Edouard YroNicolas Lasme et 29 autres personnesà International Criminal Court - ICC.

 

 

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29 septembre 2017

CPI:LE PROCUREUR AVAIT DES SOCIÉTÉS OFFSHORE

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DE EDWY PLENEL

Mediapart
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[EXCLUSIF] Dossiers manipulés, comptes offshore, conflits d'intérêts : 40.000 documents confidentiels obtenus par Mediapart dévoilent les secrets de la Cour Pénale Internationale (CPI). Son premier procureur, l'Argentin Luis Moreno Ocampo, est notamment mis en cause. À lire dès ce soir et durant toute la semaine à venir sur www.mediapart.fr

*Ocampo: «Mon salaire n'était pas suffisant» CPI: le procureur avait des sociétés offshore
*Le business du crime de guerre
*«Les Secrets de la Cour»: une semaine de révélations

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LE DOUBLE TÉMOIGNAGE DE MANGOU,L'HOMME ET DE MANGOU LE CHEF D’ÉTAT MAJOR

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TÉMOIGNAGE DU GL MANGOU : MON COMMENTAIRE 

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Avant-propos
En littérature, il existe deux écoles pour l'analyse de textes ou d'œuvres littéraires : la sociocritique et la sémiotique (ou sémiologie). La différence entre les deux c'est que la sociocritique fait intervenir dans l'analyse de l'œuvre, des éléments extratextuels très souvent en rapport avec la vie de l'auteur. La sémiotique elle dit que le texte qui est un ensemble de signes se suffit à lui-même pour sa propre compréhension. Il suffit de décoder les signes qui le constituent. A la lumière des réactions relatives au témoignage du général Mangou, force est de constater que beaucoup ont fait œuvre de sociocritique allant jusqu'à fouiller dans le passé lointain comme proche du témoin pour le juger. Et pourtant, les textes de la Cpi affirment clairement le primat de la déposition devant la cour sur celle faite extérieurement. Du point de vue de la forme De ce point de vue ; le témoignage du général peut se subdiviser en deux parties. Le premier jour et la suite jusqu'à la fin. -Le 1 er jour, on peut le dire ce n’est pas en tant que CMA que le témoin est intervenu mais plutôt comme l'homme Mangou, le père de famille, le mari, l'ami avec toute la sensibilité voire la dose émotive qui va avec. Ce Mangou là avait surtout à cœur de se décharger du lourd fardeau de toutes les frustrations qu'il portait sur ses épaules. Il voulait le faire savoir aux Ivoiriens et à tous ceux qui sans l'avoir entendu l'ont traité de traitre. Il voulait aussi et surtout exprimer son mécontentement au président Gbagbo. Cela se voyait par le caractère très prolixe de son discours répondant plus qu'il ne faut souvent aux questions. -Du 2eme jour à la fin de la première partie de l'interrogatoire, après s'être vidé, sans contexte le témoin a revêtu son costume de Némale discours est moins prolixe. Il est militaire par endroit c'est à dire court, précis et d'autorité. Les réponses sont parfois sèches. Il ne rit plus. Du point de vue du fond La stratégie de l'accusation connue d'avance était de démontrer l'existence d'un plan commun qui serait mis au point par le président Gbagbo et son armée pour commettre des crimes. Or à aucun moment, le témoin n'a dit quelque chose qui pourrait corroborer cette thèse mettant en difficulté le procureur. Les réponses claires et précises accompagnées de dates ont coupé l'herbe sous les pieds du représentant de Bensouda. On peut le dire sans risque de se tromper, Mangou a disculpé le président Gbagbo et le ministre Blé Goudé. L’absence de véritables éléments à charge ne rendra qu'aisée la tâche de la défense. Observation : J'ai beaucoup déploré les injures sans fondement dont le témoin a été l'objet de la part de nos camarades frondeurs oubliant qu'il a entre les mains la vie de nos détenus. Il serait souhaitable qu'ils se ressaisissent car la partie est loin d'être terminée. N’oublions pas de comptabiliser ce genre de comportement, cette propension à l'agressivité physique comme verbale au titre des raisons qui pour la 12ème fois ont poussé la CPI à refuser la liberté provisoire au président Gbagbo. 

De Edouard Yro Directeur de la publication de Ivoirenewsinfo Ini avec Deboutciv Deboutcotedivoire
 

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28 septembre 2017

LE GRAND AMI DONT JACQUES CHAGNON DEVRAIT AVOIR HONTE

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Figurez-vous que M. Chagnon affirme éprouver une «profonde amitié» pour Guillaume Soro, un sinistre personnage qui est le chef d’une organisation terroriste du nom de Forces nouvelles, en Côte d’Ivoire.

Comme l’explique Jean-Hilaire Yapi dans son article solidement étayé de liens, de témoignages et de photos, beaucoup de Québécois d’origine ivoirienne ont grandement souffert des crimes de masse commis par les bandits aux ordres de M. Soro. Il ne s’agit pas d’accusations gratuites, car les preuves contre Guillaume Soro sont innombrables et très accablantes. Si ce n’était de l’immunité dont cet individu jouit en tant que parlementaire (ayant pris le pouvoir en tuant beaucoup de gens), il y a longtemps qu’il aurait été arrêté lors de ses voyages à l’étranger. Il a d’ailleurs failli l’être récemment en France. De nombreuses enquêtes diligentées notamment par l’ONU montrent que sa responsabilité criminelle ne fait aucun doute.

Le comportement de M. Chagnon ne m’étonne qu’à moitié, car le parti politique auquel il appartient est essentiellement mu par la cupidité et l’ignorance. Le Parti libéral de Philippe Couillard défend l’argent, et non l’intérêt général. Il ne semble d’ailleurs pas avoir la moindre idée de ce qu’est l’intérêt de la nation québécoise, mais il se permet quand même de faire la morale aux gens qui ne partagent pas son point de vue, par exemple, en matière d’immigration.

M. Couillard et ses acolytes nous ont maintes fois démontré qu’ils n’avaient aucun sens moral par des scandales de corruption à répétition et par leur complicité avec Ottawa pour affaiblir le Québec. M. Chagnon a probablement bénéficié d’un traitement de faveur lors de son voyage à Abidjan. Avec de l’argent ou d’autres avantages, on peut toujours s’acheter des libéraux, même quand on est un assassin notoire.

Jacques Chagnon a jeté le discrédit sur la principale institution démocratique du Québec, dont il est le président. Il a fait publiquement l’éloge de Guillaume Soro, alors que ce dernier est l’antithèse de la démocratie telle que les Québécois la conçoivent. Il doit des excuses aux contribuables qui paient son salaire et doit aussi s’engager à ne plus fraterniser avec le sombre personnage qu’est Soro.

L’article n’est pas très long et mérite d’être lu et diffusé largement, car c’est un véritable scandale que nous révèle Jean-Hilaire 

Yapi.


 

Le grand ami dont Jacques Chagnon devrait avoir honte

Jean-Hilaire YAPI
Tribune libre de Vigile
samedi 26 août

Le 22 juillet, à Abidjan, le président de l’Assemblée nationale du Québec, Jacques Chagnon, a louangé chaleureusement le président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro. M. Chagnon dit éprouver une « profonde amitié » pour M. Soro. Aux yeux de la plupart des Québécois, les liens cordiaux entre M. Chagnon et M. Soro peuvent paraitre normaux. Mais, en ce qui me concerne, ces liens sont très regrettables, car les Ivoiriens connaissent bien M. Soro pour l’avoir vu semer la mort et la désolation dans leur pays.

De 1999 à 2011, la Côte d’Ivoire a connu une période désastreuse d’instabilité et de guerre civile fomentée par une armée de criminels à la solde d’Alassane Ouattara, qui a fini par prendre le pouvoir dans un bain de sang, en 2011. Le numéro un de ces criminels, qui se font appeler les Forces nouvelles depuis le 22 décembre 2002, n’est nul autre que Guillaume Soro. Beaucoup d’Ivoiriens ont perdu des êtres chers aux mains des Forces nouvelles.

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Lors du deuxième tour de l’élection présidentielle, le 28 novembre 2010, la bande de tueurs, pilleurs et violeurs de Soro a commis des actes de violence et de la fraude électorale massive selon les observateurs de l’Union africaine, qui ont remis un rapport détaillé. Puis, Ouattara et Soro n’ayant pas respecté leur engagement de désarmer les Forces nouvelles avant l’élection, conformément à l’article 3.2.1 de l’Accord politique de Ouagadougou (2007), la violence n’a cessé de croitre jusqu’à ce que l’armée française bombarde la résidence présidentielle, où se trouvaient des femmes et des enfants.

Dans leur conquête du pouvoir par les armes, Ouattara et Soro ont pu compter sur la complicité de la France, mais aussi d’autres pays, comme les États-Unis et le Canada. Ces pays disposent d’énormes moyens financiers, médiatiques et militaires et interviennent sur le continent africain en se présentant comme des défenseurs de la démocratie et des droits de la personne. Toutefois, ils cherchent surtout à favoriser leurs multinationales. Par exemple, en 2011, des reportages tendancieux ont amené le public canadien à croire qu’Ottawa protégeait les Libyens en bombardant leur pays. Avant 2011, la Libye était le pays le plus prospère d’Afrique. Aujourd’hui, c’est un champ de ruines livré à des hordes de djihadistes et aux pétrolières étrangères.

 

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Pour pouvoir remettre à Alassane Ouattara les clés de la présidence de la Côte d’Ivoire, Guillaume Soro a été l’instigateur de crimes immondes non seulement en 2010 et 2011, mais aussi pendant les huit années qui ont précédé. Selon un groupe d’experts des Nations Unies, Soro a financé la barbarie de ses chefs de gang grâce au racket, à des braquages de banque et au pillage du cacao, des diamants et des autres richesses de la Côte d’Ivoire. Les brutes sauvages de Soro se sont particulièrement déchainées les 28 et 29 mars 2011 à Duékoué, lorsqu’elles ont massacré « au moins 800 civils », selon la Croix-Rouge, qui n’a toutefois pas compté les cadavres jetés au fond des puits ou découverts subséquemment.

 

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De son propre aveu, Ouattara dirige aujourd’hui la Côte d’Ivoire en favorisant les gens de son ethnie. Son régime emprisonne, torture et tue ses opposants politiques. Il force des milliers d’Ivoiriens à demeurer en exil, notamment dans des camps de réfugiés au Liberia, au Ghana et au Togo. Les réfugiés et les déplacés ont perdu leur maison, leur terre et leurs autres biens, qui leur ont été confisqués par les bandits de Soro.

Ouattara et Soro invitent les opposants politiques à rentrer d’exil sous prétexte de faciliter la « réconciliation nationale ». Mais, sitôt revenus en Côte d’Ivoire, les opposants sont incarcérés et maltraités, comme ce fut le cas récemment de l’un des fondateurs du Front populaire ivoirien, Assoa Adou, âgé de 72 ans.

Quand Ouattara, Soro et leurs caisses de résonance accusent l’ex-président Laurent Gbagbo de tous les maux, ils mentent effrontément. Contrairement à ce qu’ils prétendent, le cabinet des ministres de Gbagbo reflétait la diversité ethnique de la Côte d’Ivoire. Les opposants politiques étaient bien traités et leurs partis bénéficiaient d’un financement public. La liberté de presse était garantie. En 2007, Soro lui-même a été nommé premier ministre par Laurent Gbagbo, dans une généreuse tentative d’apaisement.

Alors que la Constitution et les tribunaux de Côte d’Ivoire interdisaient à Ouattara de briguer la présidence, Gbagbo l’a autorisé à se porter candidat en invoquant l’article 48, qui confère au président le pouvoir de prendre des mesures exceptionnelles « lorsque les Institutions de la République, l’indépendance de la Nation, l’intégrité de son territoire ou l’exécution de ses engagements internationaux sont menacées ».

Du temps de Laurent Gbagbo, aucun Ivoirien n’était obligé de s’exiler. Il n’y avait pas de réfugiés ivoiriens dans les pays limitrophes. Les Ivoiriens fuyaient la zone où les Forces nouvelles semaient le chaos et se réfugiaient dans la zone gouvernementale. Si quelqu’un a introduit la violence sur la scène politique en Côte d’Ivoire, ce n’est certainement pas le démocrate Laurent Gbagbo ; ce sont plutôt Alassane Ouattara et le grand ami de Jacques Chagnon, Guillaume Soro.

 

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J’aime ma patrie d’adoption et je suis peiné de voir que l’image de l’Assemblée nationale du Québec est ternie par les fréquentations de son président. J’ose croire que M. Chagnon n’était pas au courant des antécédents criminels de M. Soro et qu’il connait peu la Côte d’Ivoire. Aurait-il été mal informé ou manipulé par les gens qui, à Ottawa, semblent avoir un sens moral élastique ?

Certains dirigeants oublient en effet tous leurs scrupules quand il s’agit de maximiser les dividendes des sociétés canadiennes en Afrique. En 2015, le gouvernement fédéral expulsait du Canada un membre des Forces nouvelles, Abou Fofana, pour avoir participé aux crimes de guerre orchestrés par Guillaume Soro. Pourtant, juste avant le massacre de Duékoué, en mars 2011, le même gouvernement avait versé 1,5 M$ aux Forces nouvelles. Pourquoi ? Pour les aider à tuer des Ivoiriens et à remplacer l’État de droit par la loi de la jungle ?

Jacques Chagnon ne devrait pas avoir de difficulté à comprendre qu’il doit se distancier clairement de Guillaume Soro. Ne pas le faire reviendrait à cultiver l’injustice. M. Chagnon insulterait la mémoire du cortège de victimes de ce sinistre individu et tournerait le fer dans les plaies béantes de millions de fils et de filles de la Côte d’Ivoire, y compris des Québécois d’origine ivoirienne.

 

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L’auteur est président du Congrès ivoirien du Canada.


 

 


Le témoignage de Georges Peillon à propos des Forces nouvelles. Pendant la guerre civile ivoirienne, M. Peillon était officier dans l’armée française. Il a été porte-parole de la Force licorne en Côte d’Ivoire.

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