Olivier2

 

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Cette journée du 29 Mars 2011 reste indélébile dans la mémoire de tout bon fils de Duekoue. C'était le jour de l'horreur insupportable, jour de complaintes et lamentations muettes d'un peuple laissé pour compte sur l'autel d'enjeu géostratégique et politique. Peuple situé à un carrefour qui mène les siens vers le Nord, le centre et l'extrême Ouest.. 

Ce jour-ci, cette ville "rebelle" DUEKOUE devrait absolument tomber aux mains d'ex rebelles, devenus FRCI sous la ferule d'un Alassanne, le désormais chef d'État par la magie du droit dit international, cet autre droit au dessus de tout autre, ce droit des institutions internationales qui foule aux pieds le droit de ces même pays dont l'existence donne un sens réel a ces dites institutions internationales..Une équation dont l'humanité devrait réellement se préoccuper a la longue, pour l'équilibre de l'ordre mondial.. 

Si le droit international supplante les lois nationales, qui elles-mêmes régissent les états qui eux aussi, donnent sens aux relation internationales, doit-on implicitement dire que le droit international tue nos etats, et se tue lui même? Puisqu'il doit surtout son existence que par l'existence des états. 

Revenons à la maudite ville située sur la rive du guemon..Revenons à Duekoue. 

Ce jour du 29 Mars, Duekoue devrait tomber et tomba au détriment d'un peuple martyr wê, peu protégé et longtemps resté dans l'oeil du cyclone. 

Aux environs de 7hrs du petit matin, les forces "irrégulières", du président Gbagbo quittent les corridors répondant à un appel anonyme d'une hiérarchie qui appelait à faire allégeance, à la suite d'intense combats la veille. Les casernes se vident. La ville bouillonne et tourbouillone ça et la. Duekoue est désormais tenue par les factions milices pro Gouvernementales qui y règnent en maitre absolu. Allignant exactions et pillages sur les populations jugées proches des ennemis. 

10 Heures, l'heure de l'hécatombe... 

Glé Djolea Serge Rodolphe était en ligne avec moi. C'était un ami d'enfance au carrefour, ce martyr quartier de Duekoue. Étudiant en 3ième année d'anglais à l'université d'Abidjan, il avait devancé Hermann et moi. Nous avons voulu le rejoindre plus tard après que le calme revienne à la cité universitaire de Willy, aux encablures de Abobo, l'épicentre de la guerre à Abidjan où nous autres étions logés, lui ayant pu avoir la chance [ou malchance] de se frayer un chemin pour Duekoue, au par avant si paisible avant l'horreur du 29 Mars.. 

Benzen [son surnom d'école], nous donnait les infos du quartier de notre enfance, minute par minute. Même si parfois il minimisait ce qui adviendrait. Pour lui, cette crise militaire était qu'un feu de paille, qui va vite passer. Car, sa préoccupation était ses études, vite reprendre les cours à la fac ou il lui restait quelque UV à valider. Très petit, il rêvait d'être ambassadeur, raison pour laquelle il choisit l'anglais une fois au campus. Hermann le plus doué, rêvait de finir préfet quelque part, moi avec mon idole le journaliste LEVY NYAMKEY, je rêvais du métier de journaliste, juste après la philosophie pour laquelle j'ai opté après le bac D.. 

Les trois jeunes ont la passion des études, de leur peuple et de Duekoue. Il vécurent toutes les souffrances de Duekoue. Guitrozon, Blody et Fengolo. Attaques incessantes de carrefour et tous ces carnages peu médiatisé de parents sans défense. De villages calcinés et de mères éventrées.

Mes amis étaient des déracinés de la culture wê. Le plus nul était Hermann. 

Les week-end, on partait à Toa-zeo mon village juste à côté pour les festivals de masques, les matchs de foot inter-villages ou cueillir sur nos routes, des mangues. Toute une nostalgie, un passé entièrement décimé par une cohorte de rebelle venue d'une planète. Elle a décimé nos us et coutumes puisque saccagé nos forêts et réserves. Détruit l'avenir de milliers de jeunes de notre génération, de nos régions ayant fuit cette horrible et dévastatrice guerre. Devenus de bandits de tout acabit, des prostituées.. 

C'est aux environs de midi, treize heures que Benzen m'appelle:

" Oli, Duekoue est entre les mains des rebelles. Ils progressent sur le carrefour. ".. 

N.B. c'est une partie sensible de mon récit sur l'hécatombe sur ma ville Duekoue.. 

- L'assassinat d'un ami... 

-Mon cri de coeur face à une justice nationale et internationale restée muette.. 

- C'est de cette situation insupportable est née le moteur de mon aversion contre l'injustice.. 

- Mon aversion radicale pour Guillaume soro.. 

LE JOUR DUEKOUE TOMBA naîtra un jour.. 

Auteur: Gnongoue Olivier.